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Maroc : Le p?trole, une arme ? double tranchant pour l'Iran
Posté par portaildumaroc le 31/10/2006 20:55:47 (809 lectures) Articles du même auteur

Comme la Cor?e du Nord, l'Iran n'h?sitera pas ? aller jusqu'? la confrontation pour d?fendre son programme nucl?aire.
C'est en effet pour les dirigeants iraniens la meilleure garantie que les Etats-Unis ne feront pas ? leur pays ce qu'ils ont fait ? l'Irak. De surcro?t, ce conflit avec Washington leur permet de s'assurer le soutien de leur opinion int?rieure
Quatri?me exportateur mondial de p?trole, l'Iran a grandement profit? de la hausse des cours depuis quatre ans.


Sa stabilit? ?conomique d?pend des revenus du p?trole. Mais, paradoxalement, c'est l? son talon d'Achille.
Les diplomates am?ricains ne persuaderont pas le Conseil de s?curit? des Nations unies d'imposer des sanctions sur les exportations ?nerg?tiques.
Mais l'Administration Bush peut essayer de ma?triser les cours refusant de mordre aux hame?ons que tend le Pr?sident Mahmoud Ahmadinejad pour faire monter la tension quand bon lui semble.

Ahmadinejad a fait preuve de beaucoup d'imaginations sur le plan diplomatique. Son gouvernement rejette les demandes de la communaut? internationale pour l'interruption du programme d'enrichissement de l'uranium, ignore les d?lais fix?s par l'ONU, arme des milices irakiennes, livre au Hezbollah du mat?riel militaire pour attaquer Isra?l, nie la r?alit? du massacre des juifs par les nazis et organise des man?uvres militaires aux abords du D?troit d'Ormuz, par lequel transite 40 % du trafic p?trolier maritime mondial.

Toutes ces actions contribuent ? faire monter les cours du brut et donc ? enrichir le gouvernement iranien. Lorsque le guide supr?me, l'Ayatollah Ali Khamenei a sugg?r? que l'Iran pourrait jouer la carte du p?trole, Condoleezza Rice n'y a pas cru. Selon la Secr?taire d'Etat am?ricaine, le budget iranien, qui d?pend ? 80 % du p?trole, ne pourrait pas supporter de perturbations.
Mais si l'Iran ne retire des march?s internationaux que de petites quantit?s de p?trole, la hausse des prix pourrait suffire ? compenser la baisse de revenus.
En outre, les menaces sur le D?troit d'Ormuz permettraient ? l'Iran de faire monter les cours sans r?duire sa production.

Ce n'est pas par hasard si presque toutes les initiatives du gouvernement iranien sur la sc?ne internationale depuis un an ont augment? les risques sur les march?s de l'?nergie.
Il arrive que les Etats-Unis r?ussissent ? parfois involontairement ? ? fragiliser l'Iran. L'?t? dernier, le gouvernement Bush a propos? ? l'Iran d'entamer des pourparlers. En septembre, le Pr?sident Bush a prononc? un discours volontairement mesur? devant l'Assembl?e g?n?rale des Nations unies.

Les r?ticences de la Russie, de la Chine et de la France pour l'imposition de sanctions ont convaincu les responsables am?ricains de laisser plus de temps ? la diplomatie, avant de faire pression pour l'adoption de mesures punitives par le Conseil de s?curit?. Toutes ces d?cisions ont permis de calmer un peu les march?s de l'?nergie. Entre juillet et octobre, le baril de p?trole a chut? de plus de 78 dollars ? moins de 60 dollars. Cette baisse, due dans une large mesure ? l'apaisement des tensions au sujet du programme nucl?aire, co?te cher au gouvernement iranien, ce qui exacerbe les difficult?s du r?gime ? l'int?rieur du pays.

Le taux de ch?mage est de 12%, probablement le double parmi les jeunes.
L'inflation est en augmentation, et pourrait grimper jusqu'? 20 %.
Le 1er octobre, Khamenei a demand? ? Ahmadinejad de s'attaquer ? ce probl?me de plus en plus aigu.
Les prix de certains services et marchandises subventionn?s ont ?t? gel?s, et la hausse de l'inflation rend ces subventions encore plus co?teuses. Le gouvernement laisse m?me entendre qu'il pourrait commencer ? rationner l'essence.

Les Etats-Unis peuvent affaiblir le r?gime iranien en ?vitant les d?clarations et les actions qui, en poussant ? la hausse le prix de l'?nergie, ne font que renforcer l'?conomie iranienne. Il faut que les responsables am?ricains contribuent ? r?duire la temp?rature politique. De nouveau, ils doivent proposer des pourparlers ? l'Iran. Bush devrait inviter Ahmadinejad ? Washington, ou m?me dans son ranch du Texas et lui pr?parer le petit-d?jeuner.
Washington peut aussi essayer de contenir les cours en demandant aux Saoudiens, qui contr?lent l'essentiel des r?serves mondiales, de maintenir une production ?lev?e.

Les sunnites au pouvoir en Arabie saoudite sont plus menac?s que les Etats-Unis par le fait que l'Iran veut un r??quilibrage des pouvoirs dans la r?gion en faveur des musulmans chiites.

Ahmadinejad trouvera probablement un autre moyen de jeter de l'huile sur le feu. Personne ne peut emp?cher les tactiques d'intimidation de l'Iran dans le D?troit d'Ormuz. Mais, au moins, ce ne sera pas la faute des Etats-Unis.
L'Iran a besoin de deux ou trois ans pour se doter d'une arme nucl?aire. Quelle sera alors la position d'Ahmadinejad dans son propre pays ? Si les Etats-Unis ne lui fournissent pas de menace dont il puisse se servir pour s'assurer le soutien des Iraniens, son incapacit? ? relancer l'?conomie finira par nuire ? sa popularit?.

Si les cours du p?trole baissent, Ahmadinejad aura moins d'argent ? d?penser pour des projets qui le maintiennent ? flot ou pour le programme nucl?aire.
Dans l'hypoth?se o? la baisse des revenus du p?trole ne parviendrait pas ? affaiblir Ahmadinejad, les Etats-Unis garderaient certes l'option th?orique d'une intervention militaire. Mais la strat?gie consistant ? saper la popularit? du pr?sident iranien en limitant les revenus p?troliers de T?h?ran a de plus grandes chances de succ?s que tout autre sc?nario.

Qu'il s'agisse des efforts diplomatiques visant ? persuader le r?gime de suspendre volontairement l'enrichissement de l'uranium ou le vote de sanctions internationales.
En choisissant de calmer le jeu, Bush ne se fera pas d'amis parmi ceux qui pr?conisent une politique plus muscl?e. Mais l'?chec qu'ont connu les Am?ricains dans leur approche agressive, devrait servir de le?on aux partisans de la mani?re forte.

(*) Ian Bremmer pr?side l'Eurasia Group, un cabinet
de conseil international
sp?cialis? dans les risques
politiques.
Il est l'auteur de The J Curve : A New Way to Understand Why Nations Rise and Fall.
Copyright : Project Syndicate, 2006.
www.project-syndicate.org

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