Les participants à une journée d'étude, organisée jeudi à Rabat sous le thème "La réforme du système éducatif entre réalité et espoir", ont insisté sur la nécessité de focaliser les efforts sur le parachèvement de la réforme déjà engagée, en concrétisation des objectifs de la charte nationale de l'éducation et de la formation.
Lors de cette rencontre, organisée par le groupe Justice et Développement à la Chambre des représentants, les intervenants ont souligné que le secteur de l'enseignement fait face encore aujourd'hui de dysfonctionnements profonds comme l'attestent nombre de rapports nationaux et internationaux, bien qu'il ait été placé au rang des priorités ces dernières années ce qui lui a permis d'accumuler de nombreux acquis.
Evoquant la situation du secteur, ils ont déploré qu'une partie des enfants en âge de scolarité restent toujours en dehors de l'école, que de nombreux lauréats se trouvent en état de chômage et que le secteur ne contribue pas à la promotion de la recherche scientifique, soulignant l'urgence de parachever la réforme du système éducatif, en dotant les établissements d'enseignement des ressources matérielles et humaines nécessaires.
A cette occasion, le président délégué du Conseil Supérieur de l'Enseignement (CSE), M. Abdelaziz Meziane Belfkih a indiqué, dans un exposé sur "les recommandations du rapport du CSE", que ce document, le premier du genre consacré à la situation et aux perspectives du système d'éducation et de formation en 2008, fruit d'une année de recherche et d'analyse, intervient en ce moment pour identifier les points forts et les insuffisances du système éducatif.
Dans cette intervention lue en son nom, M. Meziane Belfkih a indiqué que le rapport a pour objectifs de consacrer les acquis, de remédier aux lacunes et de donner un nouvel élan au processus de réforme dans le cadre d'un plan d'urgence visant à favoriser l'émergence d'une école marocaine ouverte sur son environnement.
Il a ajouté que ce rapport relève un ensemble d'acquis ayant trait particulièrement à la généralisation de l'enseignement, à l'amélioration de l'offre scolaire et au développement de l'enseignement supérieur et de la formation professionnelle.
L'accent est également mis sur la révision globale des programmes d'enseignement, l'adoption de la diversité du manuel scolaire, tous cycles confondus, et la révision du système d'évaluation et d'examen, ainsi que la promotion de l'accès aux nouvelles technologies d'information et de communication, a-t-il ajouté.
Le président délégué du CSE a, d'autre part, souligné la persistance de certains dysfonctionnements, avec à leur tête la déperdition scolaire, précisant que près de 390.000 élèves abandonnent l'école chaque année, dont la moitié pour le seule cycle primaire, pour des causes autres que le renvoi et l'échec scolaire.
Il a aussi évoqué le taux élevé de redoublement, l'insuffisante maîtrise des compétences, les difficultés constatées dans l'accomplissement de la mission pédagogique de l'école, à savoir l'ancrage des valeurs des droits, de citoyenneté et de respect de l'autre, la montée de phénomènes tels que la violence et la fraude scolaire, et le déficit accru en matière de formation et d'encadrement.
Concernant les perspectives de remporter le pari "l'école pour tous", M. Meziane Belfkih a affirmé que le rapport, qui confère des opportunités permettant de donner un nouvel élan à la réforme de l'école, sera axé sur la réalisation de trois chantiers qualitatifs qui revêtent un caractère prioritaire.
Le premier ambitionne l'instauration effective de l'obligation de l'enseignement jusqu'à l'âge de 15 ans, le deuxième porte sur l'encouragement de l'initiative, l'esprit de réussite et la diversité dans l'enseignement post-obligatoire et le dernier concerne le traitement de la problématique transversale du système éducatif.
Pour sa part, la secrétaire d'Etat chargée de l'Enseignement scolaire, Mme Latifa El Abida, a mis en relief l'importance des rapports internationaux sur le système de l'enseignement national, relevant que ces rapports contiennent des indicateurs pragmatiques qu'il faut prendre en compte et les mettre à profit pour déceler les véritables dysfonctionnements et prendre les mesures qui s'imposent afin de les transcender.
Après avoir souligné l'importance du rapport du Conseil supérieur de l'enseignement, Mme El Abida a appelé à la mobilisation pour mettre en place une école qui appartient à l'ensemble de la collectivité, estimant que la conjoncture actuelle nécessite de faire preuve d'un esprit d'initiative pour trancher dans certains choix, faire face aux situations délicates et chercher les meilleures solutions en vue de maîtriser les réformes pédagogiques et donner un sens concret à la décentralisation et à la déconcentration.
De son côté, le secrétaire général du ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Formation des cadres, M. Abdelhafid Debbagh, a donné un aperçu sur le plan urgent en cours d'élaboration par le ministère.
Ce plan, a-t-il expliqué, ambitionne de réaliser les priorités prévues par le rapport du CSE à travers l'amélioration de la qualité de l'enseignement sur la base notamment de la consécration de la culture de l'évaluation et la participation des collectivités locales, des partenaires sociaux et des acteurs économiques.
M. Abdellah Saâf, professeur universitaire et président du Centre des études politiques et sociales, a, pour sa part, plaidé pour l'ouverture du système scolaire sur les expériences internationales, notant que la réforme du système éducatif requiert de faire preuve d'esprit de création et d'innovation.
Il a estimé, dans ce cadre, que les établissements pédagogiques ont besoin davantage de réformes en matière de gestion aux niveaux éducatif et institutionnel.
Ces établissements sont également appelés à reconsidérer leur interaction avec leur environnement socio-économique, a estimé M. Saâf.
source:map.ma