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Tourisme du Maroc

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Maroc : La faillite totale de l’enseignement au Maroc
Posté par achkoune le 29/04/2008 14:36:16 (893 lectures) Articles du même auteur

A l’heure de la sortie d’un énième rapport sur l’enseignement au Maroc, il est nécessaire de revisiter ce secteur pour redonner une photographie instantanée des phénomènes sociaux qu’il recèle. Hélas, le tableau est plus que noir...


TOUS les rapports nationaux et internationaux confirment ce constat affligeant : l’enseignement marocain est en faillite totale. Bien entendu, tous les cycles, du primaire aux plus hautes études, sont concernés. Les manifestations de la faillite sont nombreuses : chute libre du niveau, recrudescence de la délinquance à l’école publique et privée, démission des enseignants, des parents, des élèves des responsables... Aggravation de l’échec scolaire et donc de l’abandon scolaire, etc. Derrière ces phrases génériques se cache une véritable catastrophe nationale. Parce que quand l’école va mal, c’est toute la société qui tombe malade. Voyons donc ce qui se passe à l’école, collège, lycée et université typiques, c’est à dire ces établissements qui abritent l’écrasante majorité des femmes et hommes marocains de demain.

Que l’on aille à Sidi Bernoussi à Casablanca, à Al Karia à Salé, à la médina de Fès, à Douar Laàskar à Marrakech... Les problèmes de l’école sont les mêmes. Une moyenne de quarante élèves par classe, des enseignants qui gardent les apprenants comme garderait un berger son troupeau, des classes sales, des mines renfrognées, des regards hagards, voire méchants... Dans certaines écoles, les élèves, encore mineurs, se battent à couteau tiré, avec les enseignants. Dans d’autres, on roule déjà des joints. Dans d’autres encore on apprend dans la cour de récréation comment se constituer en petites bandes de voleurs à l’arrachée. On est loin, très loin, de cette atmosphère saine dont a besoin le monde de la transmission du savoir. Ceci pour ce qui est de l’environnement scolaire.

En ce qui concerne le fond, qu’apprend la plupart du temps l’école aux élèves, le collège aux collégiens, le lycée aux lycéens et l’université aux universitaires ? Tout, sauf ce qui leur sert dans leur vie de tous les jours, ce qui éveille l’esprit critique, ce qui suscite la créativité, ce qui excite l’intelligence... L’apprenant n’a nulle autre mission que de ruminer ce qui est écrit dans le programme officiel, pour le recracher le jour de l’examen, sans plus ni moins. Autrement, l’évaluateur lui colle une mauvaise moyenne, l’élimine, le boute dehors. Normal qu’après coup, on constate que nos établissements scolaires forment des analphabètes bilingues, voire trilingues parfois.

Le français se perd, s’écrient certains. L’arabe se meurt, s’écrient d’autres. Les uns et les autres doivent se rendre à l’évidence, c’est tout le savoir humain qui s’évapore au Maroc. Le pays est déjà en crise d’intellectuels, de penseurs capables de faire bouger la société, d’inventeurs, de scientifiques, de poètes, d’écrivains, de sociologues, de politologues, même d’informaticiens... Ce déficit ira en se creusant, si rien n’est fait. Et si rien n’est fait, ce sera encore plus grave, c’est tout le pays qui tombera en panne. Parce que la mondialisation n’a cure des incultes. A qui la faute ?

Aux décideurs qui ont laissé pourrir la situation pendant quarante ans, non sans prendre le soin d’assurer à leurs propres enfants l’enseignement qu’il faut en France, au Canada ou aux Etats Unis. Aux parents pour qui l’école n’est qu’une garderie. Aux enseignants qui ont perdu le goût de partager leur savoir. A la société qui se laisse faire. Aux enfants d’aujourd’hui qui préfèrent avoir des têtes bien faites plutôt que des cervelles bien pleines. La responsabilité est donc commune. Par conséquent, la recherche de solutions doit être l’affaire de tous : des parents, des enseignants, des encadrants, des experts, des élèves et étudiants, des pédagogues, des psychologues, des planificateurs... Sinon, rameuter des experts -dont les enfants n’ont aucun problème d’enseignement- pour qu’ils pondent des recettes miracles, sera, encore une fois, une perte de temps. Et ce sera dommage !
Le Conseil Supérieur de l’Enseignement rend sa 1ère copie

Le Conseil Supérieur de l’Enseignement a présenté, le 16 avril, son premier rapport qui relève les dysfonctionnements dont souffre le système d’enseignement marocain. Le rapport, tout en étant critique, fait des propositions pour dépasser la faillite dont souffre le secteur.

Le rapport du Conseil Supérieur de l’Enseignement (CSE) présenté la semaine dernière par Abdelaziz Meziane Belfkih, conseiller du Roi et président du CSE, était en préparation depuis plus d’une année. Il a été élaboré avec la contribution de l’Instance Nationale d’Evaluation, une commission auprès du CSE. Il est destiné à devenir un exercice régulier et à asseoir un cadre de référence, national, sur l’état et les perspectives du système éducatif. Selon ses rédacteurs, ce rapport s’est appuyé sur une méthodologie déployant des indicateurs précis et se référant aux standards internationaux en la matière.

Le Conseil Supérieur de l’Enseignement a ainsi pris l’initiative, dans son premier rapport, de répondre aux questions que se posent les parents, élèves, employeurs, acteurs de la famille éducative... En effet, ils se posent tous des questions qui ne peuvent rester indéfiniment sans réponses. Les questions qui sont tombées dans les oreilles du CSE, il y en a principalement quatre. Notre école instruit-elle de manière adéquate les enfants en leur transmettant les compétences et savoir fondamentaux qui conditionneront leur réussite ? Eduque-t-elle de manière satisfaisante pour former ceux qui seront non seulement des diplômés mais aussi des citoyens actifs et des individus sociables ? Prépare-t-elle à la vie active selon les talents de chacun et garantit-elle l’insertion dans le marché de l’emploi ? Réussit-elle à être un espace de l’égalité des chances et de la diffusion du savoir ? Ces interrogations et bien d’autres, ont ouvert un débat sur le devenir de notre école.

Dans une première réponse, le rapport reconnaît que « notre école est aujourd’hui un chantier inachevé » et concerne six millions de nos enfants.

Dans ses réponses, le CSE a élaboré quatre documents (4 volumes). Il a ainsi résumé sa vision de l’école à travers un court essai qu’il a consacré, dans le Volume I de son premier Rapport à l’Etat et les perspectives du système éducatif. Brossant un tableau synthétique de l’état du système d’éducation et de formation, qui met en exergue tant les acquis que les insuffisances constatées et propose certaines priorités d’action pour l’avenir. Le second volume présente un diagnostic analytique détaillé, « fondé sur une lecture objective des principaux indicateurs du système d’éducation et de formation ».

Le troisième volume, intitulé « Atlas du système national d’éducation et de formation », présente les indicateurs saillants du système, sous forme d’illustrations graphiques. Quant au quatrième volume, se focalisant sur une thématique particulière, il a été consacré au métier de l’enseignant et aux voies permettant d’en améliorer les conditions d’exercice. Il a été élaboré sur la base de données et d’indicateurs statistiques, ainsi que des résultats de l’enquête de perception menée auprès des enseignants, est-il souligné par les rédacteurs du rapport.

Le diagnostic établi dans ce rapport tente avant tout de cerner « les contraintes profondes qui brident l’ensemble du système et dont la levée pourrait avoir un effet multiplicateur sur l’ensemble des réformes menées ». En plus du diagnostic, le rapport du CSE tente de proposer « une nouvelle approche dans l’entreprise de réforme de l’école, animée par des principes d’implémentation neufs, des priorités clairement définies et un contrat de confiance qui pourrait dessiner un nouvel horizon pour l’école », a précisé Abdelaziz Meziane Belfkih, président du Conseil.

Selon lui, l’impact qualitatif des réalisations effectué dans le secteur de l’enseignement n’a pas été constaté dans les espaces d’enseignement, imputant cela à « des dysfonctionnements structurels dus notamment aux taux élevés de déperdition scolaire, au redoublement et à la mauvaise qualité de certains enseignements dispensés telles que la maîtrise des langues et l’acquisition des aptitudes dans les matières scientifiques ».

Mesures d’urgence

Le rapport présenté par le conseiller du Roi et président du Conseil Supérieur de l’Enseignement (CSE) a parlé de la nécessité d’un plan d’urgence pour sortir l’enseignement du gouffre. Pallier les dysfonctionnements actuels du système éducatif en lui assurant sans délai un renouvellement profond constitue un choix inévitable, a souligné le conseiller du Roi, Meziane Belfkih, ajoutant que « cette action requiert la mise en oeuvre de mesures urgentes afin de donner un nouvel élan à la réforme.

A cet égard, et dans l’objectif de contribuer au plan d’urgence, SM le Roi a appelé le gouvernement à élaborer la réforme en collaboration avec le CSE, à l’ouverture de la première session de l’année législative en cours ». Le rapport propose, pour un proche avenir, trois chantiers qualitatifs sur la base de nouveaux principes à même de garantir à la réforme un plus grand impact soutenu dans le temps, a souligné Meziane Belfkih.

Le premier chantier consiste en une mise en oeuvre réelle de l’enseignement obligatoire étant donné que l’école est le lieu naturel et incontournable de tous les enfants marocains depuis l’âge de la scolarisation et jusqu’à ce qu’ils atteignent 15 ans. Et ce, sans discrimination sociale, régionale et spatiale, en concentrant les efforts, au niveau de l’enseignement primaire, sur l’assimilation des connaissances et des aptitudes essentielles et en luttant avec fermeté contre la déperdition scolaire. Ce chantier consiste également en l’élargissement de l’offre pédagogique et en la consolidation de l’encadrement pour ce qui est du cycle secondaire collégial. Il est également question de la généralisation de l’enseignement préscolaire en respectant les exigences de qualité sur la base de l’égalité des chances.

Le deuxième chantier, concerne la phase de l’après enseignement obligatoire. Il vise à assurer l’égalité des chances à tous les jeunes marocains afin qu’ils puissent exprimer leurs aptitudes et démontrer les domaines où ils excellent que ce soit au secondaire qualifiant, à la formation professionnelle ou encore à l’université. Le troisième chantier porte sur les questions urgentes du système d’éducation qui requiert de l’audace et de la rigueur dans la recherche des solutions urgentes. Selon Meziane Belfkih, « il s’agit là essentiellement de réhabiliter la profession d’enseignant, de la moderniser, d’améliorer les aptitudes de maîtrise linguistique, de consacrer la gouvernance efficiente et responsable et de réhabiliter le système d’orientation en l’adaptant aux exigences de développement du pays ».

Le département du ministre de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la formation des cadres, Ahmed Akhchichine, travaille d’arrache pied sur ce plan d’urgence. Le ministère multiplie les concertations avec les professionnels du secteur, et aussi avec des experts français, pour élaborer ce plan qui sera prêt prochainement. Le ministre souhaite même mettre en branle un nouveau processus de réforme dès la rentrée scolaire de septembre prochain. Le ministre a indiqué que son département procédera à un examen rigoureux des propositions du CSE « en mobilisant, à cet égard, les différents acteurs pédagogiques et administratifs au niveau central, régional et local, ainsi que dans les espaces des établissements d’enseignement. L’objectif étant de communiquer sur leurs contenus et objectifs et d’ouvrir un débat élargi avec l’ensemble des partenaires, dont les parents d’élèves, les sensibilités syndicales et politiques, les collectivités locales, la société civile, le secteur privé et l’ensemble des parties concernées. Et ce, en vue d’échanger les points de vue autour de ces propositions et les enrichir dans le sens de la mise en oeuvre de convictions partagées sur les moyens efficients à même d’assurer la réussite d’une école marocaine pour tous », a-t-il dit en commentant le contenu du rapport du CSE.

Ahmed Akhchichine a également précisé que son département, en vue de la mise en oeuvre d’un plan d’urgence, à ce sujet, en coordination avec le Conseil supérieur de l’enseignement, restera en contact permanent et en concertation régulière avec cette institution aussi bien pour ce qui est du suivi des différentes étapes du dialogue sur les priorités et les chantiers proposés que de la recherche de solutions appropriées aux questions locales du système d’éducation, que le CSE a réussi à identifier.
Diagnostic Le Rapport relève déficits et dysfonctionnements

« Nul ne peut nier les carences de notre système éducatif, résultant de réformes trop tôt avortées ou exécutées de manière sélective, et d’une polarisation idéologique qui a souvent relégué l’intérêt de l’apprenant derrière certains intérêts particuliers.

Ainsi, trop d’élèves continuent d’abandonner le système sans qualification aucune, comme ce fut le cas pour près de 400.000 d’entre eux l’an passé dont plus de la moitié dans le seul cycle primaire, du fait notamment des conditions socioéconomiques des familles des apprenants, pendant que moins de la moitié de nos communes rurales comptent un collège en leur sein. Le redoublement, qui nourrit l’abandon, reste le lot annuel de près d’un élève sur cinq dans le primaire, expédient aisé pour un système qui continue d’avoir des difficultés à se régler sur les rythmes de l’apprenant. L’analphabétisme perdure à des niveaux élevés, privant par là même l’économie et la société de talents qui ne demanderaient qu’à s’exprimer. L’enseignement préscolaire, pour sa part, est loin d’être généralisé et l’offre de qualité reste réservée à ceux qui peuvent se le permettre. L’école continue d’exclure, au lieu d’être un creuset inclusif au service de l’égalité des chances.

Il est tout aussi vrai que des carences pédagogiques et organisationnelles persistent. Ainsi, la qualité des apprentissages fondamentaux (la lecture, le calcul, l’écriture, la langue) et les modes d’instruction, en termes de méthodes et d’outils didactiques, demeurent lacunaires pour les élèves qui restent dans le système. Témoin de cet état de fait, l’absence de maîtrise des langues, avec une proportion importante des élèves qui font preuve d’une appropriation hésitante de l’arabe malgré les 3800 heures d’enseignement dispensées dans cette langue au terme de la scolarité obligatoire. Par ailleurs, l’orientation des apprenants conduit à un tropisme prononcé en faveur des filières littéraires au détriment des filières scientifiques. A l’Université, le divorce entre nécessités du monde du travail et capacités des sortants continue de nourrir le chômage des diplômes et les enseignants sont insuffisamment formés et accompagnés dans leur tâche.

Ces dysfonctionnements relatés sont les symptômes de maux plus profonds sur lesquels il faut porter l’action. Réformer l’école de manière durable requiert au préalable d’identifier les contraintes majeures à l’origine des déficits de notre école, celles dont la résorption pourrait avoir un effet multiplicateur sur l’ensemble des réformes menées. Ces déterminants profonds, à la source de bien des difficultés du système éducatif, sont notamment :

• Une gouvernance hésitante : malgré l’adoption d’un mode de gouvernance plus souple et aux prérogatives étendues au niveau des académies, le système n’a pas encore pu ouvrir certains chantiers difficiles, tels que l’évaluation ou la responsabilisation des agents, responsabilisation qui inciterait chacun à améliorer les performances du système. La gouvernance pâtit en outre d’un manque d’outils de pilotage et de régulation adéquats, comme en témoigne l’absence d’un système d’information intégré et complet, et du fonctionnement encore imparfait de ses organes de gestion dans les académies et les établissements. Au final, un certain manque de planification et la multiplication des structures peut perpétuer la conduite de réformes mal séquencées aboutissant à un gâchis de ressources, tel que la réforme des orientations pédagogiques sans formation conséquente des enseignants, ou encore la construction d’établissements sans garantie des équipements de base.

• Des enseignants insuffisamment impliqués et accompagnés : le degré d’engagement des enseignants, dont la motivation et l’adhésion au changement sont cruciales pour la réhabilitation de l’école, ne semble plus être à la mesure de leur rôle fondamental.

Ce découragement des enseignants a un impact direct sur les performances de l’école, tant en termes de bon rendement de l’acte pédagogique que de la capacité à retenir les apprenants dans le système. A la source de ce découragement vient en premier lieu le déficit de formation et d’encadrement des enseignants, face à une mission de plus en plus lourde et complexe. Les enseignants se trouvent désemparés, avec des conditions d’exercice difficiles pour lesquels ils ne sont pas armés. Le déficit de responsabilisation des enseignants perdure, le système éducatif n’ayant pas développé une gestion des ressources humaines axée sur les résultats. Celle-ci permettrait d’exprimer une forme de reconnaissance aux enseignants les plus performants et, inversement, d’imputer le cas échéant la responsabilité des échecs et insuffisances.

• Un modèle pédagogique qui pourrait être amélioré : en dépit de nombreuses réformes pédagogiques et organisationnelles, et malgré l’existence de foyers d’excellence à l’image des grandes écoles, l’école et l’université marocaines ne dispensent pas toujours un enseignement conforme aux meilleurs standards de qualité en termes de méthodes, de contenus pédagogiques ou de conditions d’enseignement. Souvent, l’introduction d’innovations en matière de méthodes ou d’outils didactiques se heurte aussi au manque de formation des encadrants et à la charge trop élevée des programmes. Nulle part l’inadéquation du modèle pédagogique n’est plus visible que dans l’enseignement des langues. La maîtrise des langues est loin d’être assurée, même pour l’arabe classique dont l’utilisation effective est trop restreinte pour atteindre un niveau d’assimilation satisfaisant, l’introduction de l’enseignement de l’amazighe dans le système national étant encore trop récente et limitée pour être évaluée. Les langues étrangères, pourtant incontournables pour une bonne insertion dans la société et le monde professionnels modernes, ne sont pas plus correctement appropriées.

• Une sous allocation des ressources : bien que les ressources allouées aient significativement augmenté ces dernières années, la dépense éducative par élève reste à des niveaux bas, souvent moins de la moitié que celle de pays voisins à niveau de développement comparable. Les ressources disponibles ne sont pas non plus affectées de manière optimale. Les salaires accaparent ainsi la quasi-totalité des ressources et de leur croissance, ce qui peut affecter les ambitions de développement et d’entretien du réseau scolaire. En conséquence, les investissements restent faibles pour l’amélioration de l’acte pédagogique en classe et les conditions de travail (outils didactiques, formation des enseignants, équipements de base). Malgré ces insuffisances, les voies de diversification du financement du système éducatif sont restées inexplorées puisque l’essentiel de l’effort est supporté par l’Etat, alors que la contribution des collectivités locales ou du secteur privé demeure anecdotique.

• Le manque de mobilisation autour de l’école : l’implication des acteurs de la famille éducative dans la vie de l’école a semblé faiblir à mesure que les difficultés de celle-ci devenaient de plus en plus évidentes, nourrissant le cercle vicieux de la démobilisation et de l’insuffisance de la qualité. Beaucoup de parents ont paru s’éloigner progressivement de la croyance selon laquelle l’école et le diplôme ouvre un destin aux enfants, sinon probable, du moins plausible. En cause notamment, le chômage excessif des diplômés mais aussi la perception que la transmission d’un stock minimal de savoirs n’était plus correctement assuré. Le suivi pédagogique par les parents et leur vigilance, lors des moments importants de la scolarité tels que le choix d’orientation, s’en sont trouvés affectés.

Le système en lui-même a une large part de responsabilité dans cette relative démobilisation, en n’agissant pas assez sur l’attractivité de l’école, en n’encourageant pas systématiquement le dialogue avec les parents, en n’adaptant pas suffisamment son offre aux conditions socioéconomiques des familles ou n’offrant pas de seconde chance aux enfants déscolarisés. De même, l’absence d’un leadership fort, pouvant sensibiliser aux problèmes de l’école et motiver les différents intervenants à contribuer à leur résolution, prive le système d’une convergence de compétences complémentaires, capable de veiller au bon fonctionnement de l’école en appui de l’administration. Au total, l’école a besoin de soutien pour améliorer les conditions d’enseignement ou pour être soulagée des problèmes qui la dépassent (conditions sociales, violence) et nécessitera davantage d’attention de la sphère intellectuelle, médiatique ou politique ».
Propositions Ce qu’il faut changer

« Le diagnostic ayant été posé, il faut maintenant agir. Toutes les conditions sont aujourd’hui réunies pour s’engager fermement dans une seconde étape de la réinvention de l’école, l’étape qui portera les effets de la réforme au sein même des classes et permettra de remporter la bataille de la qualité, l’étape reposant sur l’obligation de résultats et tournée toute entière vers le vécu réel des apprenants. Pour ce faire, il convient d’opérer un réajustement dans la conduite des affaires de l’école, autour d’une mission clairement affirmée pour l’école, d’une logique d’exécution renouvelée et de principes directeurs définis sans équivoque.

La mission de l’école marocaine d’aujourd’hui doit être définie de manière à constituer un horizon commun pour les acteurs de la chose éducative : doter les futurs citoyens de connaissances, compétences et capacités sociales leur permettant de réussir leurs vies selon le chemin qu’ils auront eux-mêmes choisi. Ainsi formulée, la mission de l’école se recentre sur l’apprentissage de capacités et savoirs fondamentaux aux apprenants afin qu’ils puissent réaliser leur propre vocation. Instruire en assurant l’acquisition de savoirs, éduquer pour socialiser l’apprenant et préparer à la vie active, tels sont les objectifs à l’aune desquels l’école peut et doit être jugée.

Ce changement d’approche doit se doter d’une logique de mise en œuvre neuve, celle d’une logique de réforme par projets plutôt que par décret. Ce pragmatisme permettra de donner corps à un noyau dur de réformes qui, dûment expérimentées, évaluées et généralisées, seront le prélude à des réajustements profonds et durables au coeur du système. Cinq principes directeurs peuvent faire aboutir à ce réajustement :

• Livrer la bataille de l’école en premier lieu sur le terrain de l’enseignement obligatoire, avec un suivi particulier des générations intégrant pour la première fois le système à partir de la rentrée prochaine.

• Fixer les objectifs à l’échelle des communes pour le primaire et le préscolaire, avec une véritable responsabilisation des gestionnaires, et systématiser une approche ascendante pour l’allocation des ressources.

• Orienter l’effort vers les classes (décongestionner les salles, soutenir les élèves) et mettre en place un suivi des conditions pédagogiques de base (disponibilité des professeurs, des instruments de travail, des livres). Agir sur les contraintes les plus déterminantes (qualité des locaux, difficultés sociales des élèves, violence et incivilités), c’est permettre à l’école de faire correctement, et exclusivement, son travail.

• Allouer les moyens nécessaires pour atteindre des niveaux de qualité élevés.

L’enjeu aujourd’hui est de relever le défi de la démocratisation en retenant à l’école plus d’enfants plus longtemps. Cela requerra des projets concernant les trois composantes de l’école obligatoire :

• Agir au primaire : les deux tâches prioritaires consisteront, d’une part, à réaliser un taux de scolarisation proche des 100% et, d’autre part, à améliorer les taux de rétention des élèves. Atteindre ces objectifs passera par l’amélioration de l’offre de scolarisation (services parascolaires et aux enfants à besoins spécifiques) et un recentrage sur les savoirs fondamentaux (lecture, écriture, calcul) au moyen de l’introduction d’une pédagogie individualisée, d’un soutien scolaire plus soutenu et appelé à se substituer au redoublement.

• Agir au collège : la dynamisation de ce « ventre mou » du système devrait refaire du collège le temps de la consolidation des connaissances, du développement de l’autonomie des élèves, de la préparation à la vie adulte et de la découverte des vocations individuelles. Le renforcement de l’encadrement des collèges, un programme d’expansion et de rénovation des plus anciens d’entre eux, une meilleure implantation dans le rural et la réhabilitation du brevet pourraient être explorées à cette fin.

• Agir au préscolaire : la démarche à entreprendre pourrait être articulée autour de deux objectifs : bâtir un nouveau concept d’éducation préscolaire moderne tenant compte de nos spécificités et conduire des projets pilotes pour le préscolaire, faisant la démonstration du nouveau concept tout en préparant sa généralisation progressive à l’horizon 2015.

Le lycée, qui accueillera de plus en plus de jeunes Marocains, devrait être préparé à relever sa part du défi éducatif. Pour y répondre, les lycées gagneraient à bénéficier davantage d’autonomie et de moyens d’action pour s’inscrire dans des projets éducatifs diversifiés. La richesse de ces projets libèrera les lycées marocains dans la voie de recherche permanente de l’innovation et de l’excellence. Des initiatives pourraient alors émerger : des lycées d’excellence, des sections centrées sur les métiers ou encore des lycées « sport et études ».

Pour ce qui concerne les universités, l’heure est à l’approfondissement du processus d’autonomisation, selon trois voies principales : épuiser toutes les possibilités offertes par la loi en termes d’autonomie, parfaire les instruments de gouvernance déjà en place, explorer de nouvelles marges d’autonomie pour une université plus forte et à la hauteur des enjeux de la compétition internationale. En contrepartie, les universités doivent se soumettre à l’évaluation et s’engager dans un rapport contractuel avec l’Etat.

Les universités marocaines sont également attendues sur le front de la recherche scientifique et de l’innovation, domaine dans lequel une nouvelle stratégie nationale pourrait s’articuler autour de trois directions possibles : l’élargissement de la base scientifique du pays, en mobilisant sur des projets, une meilleure intégration aux centres de l’innovation mondiale en augmentant notamment le nombre de partenariats avec les institutions internationales leaders dans leurs domaines, et une amplification des programmes de recherche innovation menés avec le secteur privé, ciblant des domaines clés (biotechnologies, nanotechnologies, énergie, santé, environnement, ....) et facilités par les instruments incitatifs adéquats (fiscalité appropriée, contrats programmes, joint-ventures, capital-risque, incubateurs d’entreprises au sein des universités, ...) ».
Budget de l’enseignement primaire en PIB

En 2007, la part du budget consacré à l’enseignement primaire et secondaire par rapport au PIB est estimée à 4,8%. Elle atteignait 4,4% en 1999, soit une augmentation de 0,4 points pourcentages durant cette période. Globalement, cette part a peu fluctué depuis le début de cette décennie et a oscillé entre 4,4% et 4,9%. L’évolution de cette part a été surtout influencée par l’évolution du PIB et par le seuil limite de l’effort de l’Etat dans le financement du secteur.

Les comparaisons internationales avec des pays voisins ou à rythme de développement similaire permettent d’affirmer que le Maroc consacre une part plus importante de sa richesse nationale au développement de l’enseignement primaire et secondaire que des pays arabes comme la Jordanie, mais moins que la Tunisie. En terme de dépenses, le budget alloué à l’enseignement primaire et secondaire est passé de 17,3 milliards de dirhams en 1999 à 28,6 milliards de dirhams en 2007, soit un taux d’accroissement annuel moyen de l’ordre de 6,5%.
Enquête Handicaps au bon exercice du métier

Le Conseil Supérieur de l’Enseignement a réalisé une étude sur le corps et le métier de l’enseignement et de la formation. Cette étude relève, concernant les handicaps rencontrés par les enseignants dans l’exercice de leur fonction, le défaut du niveau des élèves, le manque de moyens didactiques et la surcharge des classes, comme principaux handicaps.

Ces entraves au bon exercice du métier d’enseignant se trouvent au niveau du primaire et du secondaire. Au 4e rang, par ordre d’importance, apparaissent des entraves plus spécifiques : l’indiscipline des élèves qui est davantage mentionnée par les professeurs du secondaire (32%) que du primaire (20%) et la situation sociale des élèves à laquelle les enseignants du primaire semblent être plus sensibles (35%) relativement à ceux du secondaire (13%).
Crise de l’enseignement Les blogeurs pétitionnent

Des blogeurs s’inquiètent au vu des nombreux problèmes de l’enseignement au Maroc. Ils réagissent en lançant une pétition sur le site www.education-developpement.org. Intitulée au départ « Sauvons notre système éducatif marocain », puis « Education - Développement », cette initiative, selon ses concepteurs, ne vise pas à formuler les solutions et encore moins à prescrire les recettes aux problèmes et dysfonctionnements du système éducatif, mais à poursuivre sur la voie de la sensibilisation et de la mobilisation citoyenne. « Les réformes ne réussiront que si elles sont appropriées, accompagnées par l’ensemble des citoyens, par l’ensemble des acteurs de la société », notent-ils.

Dans la perspective d’élargir le champ de la réflexion sur la problématique de l’enseignement au Maroc, après le lancement de la pétition qui continue à recueillir de plus en plus d’adhésions, une rencontre a été organisée le 20 avril à Casablanca. Là aussi, tous les participants (blogueurs, mais aussi enseignants, parents d’élèves, élèves...) ont insisté sur la participation collective pour tenter de résoudre les problèmes épineux de l’éducation et de l’enseignement au Maroc. D’autres rencontres de ce genre suivront. En attendant, le débat se poursuit sur la toile.

Bilan de l’initiative « Education - Développement »

- Lancement le 26/02/2008.

- Au 14 Avril 2008 Nombre de blogueurs : 42

Nombre de billets : 58

Communiqué de presse repris et articles de suivi : 12

Emissions Radio : 2

Journal Télévisé : 1

Nombre de citoyens ayant joint l’initiative : 1580

Rencontres locales de coordination tenues : Rabat, Casa, Agadir, Tanger, Bruxelles.

Associations partenaires : 10

Réalisations à des fins de communication Logo Affiche

Site Web : www.education-developpement.org

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