Les prix de l’huile, du lait en poudre, de la farine, de la semoule, des pâtes, des viandes... Flambent au niveau national. La ménagère reste perplexe en craignant le pire. Le gouvernement rassure et s’attaque aux rumeurs.
LES commerçants sont sur leurs gardes ces jours-ci. Dès que le prix de l’une ou l’autre matière leur est demandé par un inconnu, ils l’annoncent en montrant qu’ils ont bien une affichette à côté de chaque produit. « Dès qu’on parle d’augmentation de prix à la télé, les contrôleurs nous tombent dessus », confie Mohammad, le front en plis. Lui qui gère son « épicerie » depuis plus de vingt ans, affirme que la flambée des prix n’attire aux commerçants que des problèmes. « Aucun client ne veut débourser un centime de plus sans qu’on lui montre que la décision vient d’en haut », se plaint-il.
Mohammad a donc fort à faire pour expliquer à chaque fois l’augmentation de tout un panier de produits. Le litre de l’huile est passé en peu de temps de 13,80 DH à 14,10 DH. Le sac de farine de blé dur de 25 kilogrammes est passé de 120 DH à 190 DH. La semoule a suivi en passant de 5.50 DH le kilo à 9 DH. Idem pour le couscous, les pâtes et le riz dont le prix a augmenté d’un seul coup de deux dirhams, voire plus. Les viandes rouges et blanches ne sont pas en reste. Le kilo de viande rouge se vend à 65 DH et celui du poulet à 15 DH.
Fatima, la soixantaine, est veuve. Vivant avec son fils qui est marié et a deux filles, c’est elle qui se charge des provisions. Comme de nombreuses ménagères, elle a en tête tous les prix des produits alimentaires qu’elle a l’habitude d’acheter. De son vivant, elle affirme ne pas se souvenir d’une vague de hausse des prix aussi forte que celle de ces derniers temps. « Le pauvre ne peut plus vivre dans ce pays », se lamente-t-elle. Son avis est largement partagé dans le quartier populaire d’Al Azhar où elle vit.
Tous les voisins de Fatima que nous avons abordés soulignent que le coût de la vie devient intenable. Tous confient qu’ils craignent le pire pour l’avenir. En suivant les informations, ils savent que la conjoncture mondiale est défavorable avec la flambée record du prix du pétrole et de celui des céréales. Cela ne les empêche pas de réclamer l’intervention du gouvernement pour stabiliser les prix et surtout pour augmenter le pouvoir d’achat. Comment ? Fatima a une proposition : « Augmenter plutôt les produits des produits de luxe et couper un peu des salaires des grands pour donner aux petits ». Même Amaoui n’aurait pas trouvé mieux !
Le prix de la bonbonne de gaz n’a pas changé
Le ministère des Affaires économiques et générales a précisé dans un communiqué que le prix du gaz butane n’a pas changé. Le ministère ajoute que le gouvernement continue de subventionner le gaz butane en dépit des importantes hausses qu’a connues le prix de cette matière au niveau des marchés internationaux. Le prix de la petite bonbonne de gaz (3 kg) n’a pas connu de hausse depuis 1995, alors que celui de la grande bonbonne (12 kg) est resté inchangé depuis 2000, précise le communiqué. Les services de contrôle assurent le suivi des prix de cette matière et toute hausse illégale des prix exposera ses auteurs à des poursuites et à des sanctions, conformément aux lois en vigueur, met en garde le ministère. Les administrations concernées effectuent les visites de contrôle nécessaires. La dernière en date a été effectuée vendredi 7 mars 2008 par une équipe d’experts relevant du ministère des Affaires économiques et générales.
Le gouvernement suit de près la situation
Lors du conseil du gouvernement tenu le 6 mars dernier, Nizar Baraka, ministre des Affaires Economiques et générales a présenté un exposé sur la situation des prix des produits de base. Il a rappelé à l’occasion que le prix du pétrole a augmenté, entre 2007 et 2008, de 70% et celui des céréales de 80%. C’est ce qui explique que le budget alloué à la caisse de compensation est passé de 13 milliards l’année dernière à 20 milliards DH cette année. Cette somme a servi notamment à la subvention, pour la première fois, du blé tendre et au maintien des prix des matières réglementées, en l’occurrence les produits pétroliers, le blé tendre, la farine nationale et le sucre. Le ministre a confirmé que les prix de l’huile, du beurre, du lait en poudre et du blé dur ont augmenté. En revanche, il a souligné que les prix des fruits et légumes ont baissé. Pour lutter contre la spéculation, le ministre a évoqué l’intensification des contrôles et de la communication.
Le ministre a enfin expliqué qu’une réflexion est actuellement menée pour que la caisse de compensation profite aux personnes se trouvant dans le besoin.
Mauvaise journée
Ce samedi 15 mars, le Maroc commémore la journée mondiale du consommateur. Elle tombe mal cette année puisqu’elle coïncide avec la vague des hausses de prix de différents produits alimentaires de base. C’est donc ce thème qui sera longuement débattu par différentes associations de défense des droits des consommateurs. Mais que peut le verbe dans ce cas ?
Questions à Dr Bouazza Kherrati, Président de l’association marocaine de protection et d’orientation des consommateurs (AMPOC)
Pourquoi les associations de défense des consommateurs n’ont-elles pas de poids au Maroc ?
D’abord, le vide juridique et le boulet mis à la cheville par la loi sur la liberté des prix et de la concurrence en plus du foisonnement des associations de protection des consommateurs. S’y ajoute l’absence d’une institution de coordination fiable et démocratique.
Quels sont les recours possibles du consommateur en cas de problème avec un commerçant sur la qualité ou le prix d’un produit ?
Pour les denrées animales, il y a les services vétérinaires. Pour les problèmes d’hygiène, il y a les bureaux d’hygiène. Pour la fraude, il faut s’adresser au service des fraudes. Par contre en ce qui concerne les prix, on doit avoir recours aux autorités locales. Pour les litiges concernant les services, il y a la Hisba et... Les associations.
Qui décide de l’augmentation du prix d’un produit ? Quel circuit suit une telle décision ?
La structure d’un prix est complexe et reste sujette à plusieurs facteurs dont le prix de la matière première. Depuis la promulgation de la loi sur les prix et la concurrence, seuls les produits subventionnés par l’Etat font le suivi par les départements concernés (ONICL et Energie). Le reste c’est la loi de l’offre et de la demande qui prime.
Que font les associations marocaines de défense des consommateurs face à la flambée des prix de première nécessité ?
Dans l’ensemble, rien. Puisque les manifestations contre ces flambées ont été organisées par des organismes politisés. Or, les associations par le Dahir de 1958 doivent être apolitiques et sans but lucratif. Cependant, certains font acte de présence lors de ces manifestations (AMPOC, Taroudante, Kénitra et Casa).
Prix et concurrence Ce que dit la loi
La loi 06-99 sur la liberté des prix et de la concurrence promulguée par le Dahir n° 1-00-225 du 5 juin 2000 publié au bulletin officiel n° 4810 du 6 juillet 2000 est entrée en vigueur le 6 juillet 2001.
Cette loi s’applique sur tout le territoire national à toutes les activités de production, de distribution et de services, qu’elles soient le fait de personnes physiques ou morales de droit privé ou de droit public (article1). Elle offre aux opérateurs économiques la possibilité de fixer librement les prix de leurs biens, produits et services (article 2). L’Etat n’a plus le droit d’intervenir sur les prix, sauf dans des situations exceptionnelles expressément limitées par la loi (article 3-4).
Ainsi, dans les secteurs ou les zones géographiques où la concurrence par les prix est limitée soit en raison de monopole (ex : électricité, eau potable...), soit en raison de dispositions législatives ou réglementaires, les prix peuvent être fixés par l’administration après consultation du conseil de la concurrence (article 3).
De même, en cas de hausses ou de baisses excessives des prix résultant d’une situation exceptionnelle : soit une situation de crise, soit une calamité publique, soit une situation anormale du marché dans un secteur déterminé, l’administration peut prendre des mesures temporaires après consultation du conseil de la concurrence(article 4).
Si l’intervention de l’Etat sur les prix reste possible, les conditions pour la fixation des prix et l’avis du conseil de la concurrence, offrent des garanties aux opérateurs contre tout retour injustifié à la réglementation des prix.
Produits et services réglementés
• Farine nationale de blé tendre ; • Sucre ; • Tabac manufacturé ; • Electricité ; • Eau potable ; • Assainissement liquide ; • Combustibles liquides et gazeux ; • Transport routier de voyageurs ; • Transport urbain de personnes ; • Produits pharmaceutiques et à usage vétérinaire ; • Actes et services médicaux dans le secteur médical privé ; • Actes pratiqués par les sages-femmes, infirmiers et infirmières du secteur privé ; • Livres scolaires ; • Actes des huissiers de justice ; • Actes hébraïques.
source:lereporter.ma