Le gouvernement américain a admis jeudi que ses services d'espionnage s'étaient servis du territoire du grand allié britannique pour l'un de ses programmes antiterroristes les plus contestés, et tâchait de minimiser les gênantes retombées de ses dénégations antérieures
L'administration Bush s'est défendue d'avoir menti quand elle disait que la CIA n'avait pas utilisé le territoire britannique pour transférer secrètement des suspects de terrorisme capturés après les attentats du 11-Septembre.
Elle a invoqué une erreur administrative ou une erreur de communication dans la transmission de l'information entre Washington et Londres. Mais la réalité des transfèrements par le sol britannique et l'embarras considérable dans lequel les démentis préalables du gouvernement américain risquent de mettre l'allié britannique demeurent.
"Notre gouvernement avait dit aux Britanniques que leur sol ou leur espace aérien n'avait servi à aucun vol de transfèrement (de prisonniers) depuis le 11-Septembre. Cette information, délivrée en toute bonne foi, s'est révélée fausse", a admis le directeur de la CIA, le général Michael Hayden.
En fait, ainsi que l'a révélé plus tôt le ministre britannique des Affaires étrangères David Miliband, des avions américains ont fait escale à deux reprises en 2002 sur l'île britannique de Diego Garcia, dans l'Océan Indien, avec chacun un suspect de terrorisme à bord.
"Il est clair qu'il s'agit d'une affaire très sérieuse", a souligné le Premier ministre britannique Gordon Brown depuis Bruxelles, après une réunion avec la Commission européenne.
Si le gouvernement américain a prétendu le contraire auparavant, c'est par la faute d'une "erreur administrative" selon le porte-parole du département d'Etat, Sean McCormack.
Il s'est dit "offensé" qu'on suggère que quelqu'un pourrait avoir menti.
L'erreur a été commise dans l'examen des données existantes, selon l'administration Bush.
C'est la CIA elle-même qui a épluché fin 2007 les informations sur ces vols, a dit son directeur.
Ce réexamen a révélé que, par deux fois, un avion avec un prisonnier à bord s'était posé à Diego Garcia pour se ravitailler en carburant, a-t-il dit. L'opération a eu lieu il y a plus de cinq ans et elle a été brève, a-t-il souligné, laissant entendre que cela pourrait avoir causé "l'erreur". "Mais elle (l'opération) a bien eu lieu", a-t-il admis.
Ce sont les Américains eux-mêmes qui ont informé les Britanniques, a insisté l'administration. Elle s'est dite désolée, et la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice a téléphoné mercredi à son homologue britannique.
L'affaire menace de placer dans une situation délicate le gouvernement britannique, face à une opinion sensible quand il s'agit de l'alliance avec les Etats-Unis et des moyens employés par ces derniers contre le terrorisme.
L'utilisation du sol étranger pour détenir, interroger ou transférer des suspects de terrorisme relève d'un programme antiterroriste secret de la CIA qui suscite des interrogations fortes, en Grande-Bretagne comme ailleurs, sur le respect par les Etats-Unis des droits fondamentaux.
Les Etats-Unis sont actuellement le theâtre d'un vif débat sur la nécessité de garanties supplémentaires pour s'assurer que la CIA ne pratique pas la torture pour faire parler les prisonniers.
Le directeur de la CIA a tenté de minimiser l'impact de la révélation des transfèrements par Diego Garcia.
"Il s'agissait d'opérations de transfèrement, rien de plus", a-t-il dit. Il a réfuté que la CIA ait une prison secrète à Diego Garcia. "On a aussi dit que nous transportions des prisonniers pour les torturer. Cela aussi est faux".
Les deux prisonniers ne faisaient pas partie de ceux que la CIA considère de grande valeur, a-t-il dit.
L'un est rentré depuis lors dans son pays, a dit le général Hayden. L'autre a fini par être transféré au camp de Guantanamo.
Or l'existence de ce camp est un autre motif d'émotion internationale. L'ancien Premier ministre britannique, Tony Blair, l'un des alliés les plus solides du président George W. Bush, considérait lui-même ce camp comme une anomalie.
source:actu.ma