Damas estime qu?une confrontation arm?e avec Isra?l pourrait lui permettre d?ouvrir des n?gociations et de r?cup?rer le plateau du Golan occup? depuis 1967. Il s?agit d?une r?action, ?ventuelle, contre la politique inconsistante d?Ehud Olmert.

La p?riode des f?tes d?automne (Roch Hashana, la nouvelle ann?e, et Yom Kippour, le Grand Pardon), du calendrier religieux juif est l?occasion pour de nombreux dirigeants politiques isra?liens de tirer les le?ons des mois ?coul?s et de pr?ciser leur vision de l?avenir, proche ou lointain, ainsi que les principes qui guident leur action.
Les journalistes ne font pas exception ? la r?gle. L?un d?entre eux a ainsi tenu ? rappeler une phrase figurant en bonne place dans la D?claration d?ind?pendance de l?Etat d?Isra?l, r?dig?e et lue par David Ben Gourion le 14 mai 1948: ? Nous tendons la main de l?amiti?, de la paix et du bon voisinage ? tous les Etats qui nous entourent et ? leurs peuples ?. Et l?analyste cite, en comparaison, la d?claration du Premier ministre isra?lien Ehud Olmert, qui a fait r?f?rence ? un autre passage de ce texte fondateur : ? L?Etat d?Isra?l est fond? sur les principes de libert?, de paix et de justice enseign?s par les proph?tes ?. A tel point que l?analyste pr?cit? en vient ? se demander si le chef du gouvernement croit encore que les objectifs du sionisme, c?est-?-dire la cr?ation d?un Etat ind?pendant, ont d?j? ?t? atteints et s?il n?est pas, aujourd?hui, ce que, dans le monde juif et en Isra?l, l?on appelle un ?post-sioniste?, c?est-?-dire, un homme estimant que cette id?ologie est ? pr?sent d?pass?e pour cause de r?alisation.
Ces sp?culations intellectuelles sont pour beaucoup risqu?es et surtout intemporelles, en parlant de ? post-sionisme ?. Elles n?ont pas mis, pour autant, Ehud Olmert ? l?abri des critiques contre son gouvernement et sa mani?re de g?rer les affaires publiques. Selon le grand quotidien Haaretz, une enqu?te montre clairement que, durant la guerre du Liban, Ehud Olmert a sciemment ignor? les implications g?opolitiques de ses choix et qu?il a tenu ? l??cart de la prise de d?cision sa ministre des Affaires ?trang?res, Tsippi Livni.
L?analyste du grand journal lib?ral met en rapport ce comportement avec la th?se d?velopp?e par une historienne renomm?e, Brakha Tuchman, auteur d?un livre tr?s comment?, ?Le d?fil? des stupidit?s?. Dans cet ouvrage, elle explique, preuves ? l?appui, que ?l?aveuglement et l?obstination c?r?brale, source fr?quente d?erreurs d?appr?ciations jouent un r?le plus particuli?rement dans les sph?res du pouvoir?. Ce d?faut se caract?rise par l?appr?hension de la situation en fonction de crit?res pr??tablis fond?s sur des pr?jug?s et par le rejet de tous les faits allant ? leur rencontre. Pour l?impitoyable historienne, certains dirigeants mod?lent leur comportement en fonction d?a priori qu?ils jugent sup?rieurs ? la r?alit?, avec les cons?quences que l?on imagine. Le meilleur exemple, ou le plus frappant, ?tait, cite l?analyste, le cas de Philippe II d?Espagne qu?aucun de ses innombrables ?checs ne fit d?vier de sa conviction l?assurant que sa politique ?tait, fondamentalement, excellente !
L?analyste du grand quotidien note que l?immobilisme d?Ehud Olmert proc?de d?un ?tat d?esprit similaire. Il s?en tient ? sa conviction que le temps, l?appui des Am?ricains, l?atout que repr?sentent les colonies et sa politique de harc?lement des Palestiniens finiront par porter leurs fruits.
C?est ce qui l?a amen? ? renoncer, avec une aisance d?concertante, ? son plan de ?red?ploiement? qui devait signer la fin de l?occupation des territoires palestiniens. Finalement, ? ces jeux, le ?retrait unilat?ral? de Gaza ?tait uniquement un moyen de se d?barrasser d?une zone ? risque pour mieux pr?server la pr?sence juive et isra?lienne en Cisjordanie et ? J?rusalem Est.
Ayant renonc? ? son fameux ?agenda?, Ehud Olmert g?re la situation au jour le jour avec ses alli?s travaillistes, inconscients des risques qu?ils prennent, avec le parti religieux Shass, pour lequel la recherche d?une solution pacifique au conflit ne constitue pas une priorit?, avec Gil, le parti des retrait?s, plus pr?occup? par l?avenir de ses membres que par celui de leurs petits-enfants?
Cet immobilisme am?ne aussi Ehud Olmert ? refuser toute avanc?e dans le dossier des relations avec la Syrie. Ainsi, la semaine derni?re, prenant le contre-pied des d?clarations faites par son ministre de la D?fense, Amir Peretz, il a clairement affirm? : ?Tant que je serai Premier ministre, le plateau du Golan restera partie int?grante d?Isra?l?. Pour Ben Caspit, ?ditorialiste du quotidien de droite Maariv, le chef du gouvernement entendait ainsi ?donner l?exemple d?un leadership mesur?, responsable et s?rieux ?.
Mais c?est faire peu de cas d?une r?alit? lourde de p?rils : la d?termination affich?e par les Syriens de mener une guerre, au lendemain de celle du Liban, qui leur permettrait de r?cup?rer le Golan. ?Les Syriens ont chang?. Ils ne sont plus ce qu?ils ?taient auparavant. Ils sont persuad?s que Tsahal, l?arm?e isra?lienne, s?est alourdie et a perdu sa comp?titivit??. Elle n?est plus invincible et les services secrets isra?liens constatent que ?les Syriens n?excluent pas de d?clencher une op?ration surprise sur le Golan?.
Car la Direction syrienne n?est plus persuad?e ? d?un risque de d?faite en cas de guerre contre Isra?l et croit aux chances de l?option militaire ?.
A supposer m?me que, durant le conflit, Isra?l frappe durement les infrastructures du pays, que la Syrie pourrait ais?ment reconstruire, le simple fait d?avoir r?cup?rer le Golan ?vaut largement la chandelle?.
Ben Caspit pose cr?ment la question : ?qu?y aura-t-il apr?s la guerre ? La paix. Car Isra?l comprendra enfin que la paix, m?me sans le Golan, est pr?f?rable ? la guerre ?. Le ministre de la D?fense, Amir Peretz, est favorable ? une n?gociation avec la Syrie tout comme Dahlia Itsik, la pr?sidente de la Knesset (le Parlement isra?lien). Dans ces conditions, commente l?analyste, une initiative isra?lienne contre la Syrie serait ?l?une des plus grandes trag?dies v?cues par l?Etat juif depuis sa cr?ation?. Tout cela parce que l?on s?obstine ? croire qu?il n?est pas n?cessaire de rendre le Golan et qu?on peut ind?finiment conserver le statu quo avec la Syrie. Pourtant, c?est la prolongation de cette occupation qui a incit? Damas ? se lier, sans retour avec T?h?ran et ? jouer un r?le d?interm?diaire entre l?Iran et le Hezbollah. Car Damas, non content de vouloir obtenir le retour du Golan, ne d?sesp?re pas de reprendre pied avec son arm?e au Liban et d?obtenir l?arr?t de l?enqu?te sur son implication dans l?assassinat de l?ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. Les Etats-Unis et les Occidentaux n?y sont gu?re dispos?s. Cela risque fort d?avoir pour cons?quence le fait que des n?gociations syriennes avec Isra?l, sur fond de r?cup?ration du Golan, ne parviendraient pas pour autant ? instaurer une paix compl?te et d?finitive au Proche-Orient,
Ce climat, comme le souligne l?analyste, facilite le d?veloppement en Isra?l d?une droite et d?une extr?me droite radicalement hostiles ? toute id?e de paix. Ses dirigeants pourraient pratiquer la politique du pire, intimider les voisins d?Isra?l et la communaut? internationale, la seule capable d?amener Isra?liens et Palestiniens ? reprendre des pourparlers de paix.
Or la seule solution pour ?viter le d?clenchement de nouvelles hostilit?s au Proche-Orient est de soutenir l?initiative des pays arabes mod?r?s, entra?n?s par l?Arabie Saoudite et l?Egypte, pour parvenir ? un accord bilat?ral entre Palestiniens et Isra?liens accordant aux premiers la satisfaction de leur l?gitime et vitale aspiration nationale : la cr?ation d?un Etat palestinien ind?pendant, souverain et viable?
source:aujourdhui.ma