Des Egyptiens séropositifs ont été arrêtés, torturés et sont actuellement enchaînés à leur lit d'hôpital 23 heures par jour en attendant d'être jugés pour leur homosexualité présumée, a affirmé mercredi l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW).
L'ONG basée à New York a fait état d'une série d'arrestations après l'interpellation de deux hommes en octobre 2007 lors d'une altercation dans une rue du Caire. Ils ont été détenus par la police des moeurs lorsque l'un d'entre eux a dit être séropositif.
En Egypte, bien que l'homosexualité ne soit pas officiellement considérée comme un délit, une loi relative à la "débauche" prévoit des peines de prison et peut être utilisée pour poursuivre les homosexuels.
Les deux hommes, dont l'identité n'a pas été dévoilée, disent avoir été battus après avoir refusé de signer des dépositions préparées par la police, puis menottés à un bureau pendant quatre jours et soumis à un examen anal pour "prouver" leur homosexualité.
HRW estime que de tels examens constituent une torture et n'ont aucune base médicale.
Des mois plus tard, les deux hommes sont toujours enchaînés à leur lit d'hôpital 23 heures par jour en attendant que le Procureur général statue sur leur homosexualité, d'après HRW, qui ajoute que deux autres hommes, dont les coordonnées ont été trouvées sur les deux premiers, ont également été arrêtés.
En novembre, quatre autres hommes ont été arrêtés et sont poursuivis "apparemment seulement parce qu'ils se trouvaient dans un logement auparavant occupé par l'une des personnes arrêtées précédemment", affirme HRW.
L'un des quatre hommes aurait été battu par la police et tous auraient été privés de nourriture et de couvertures durant les quatre premiers jours de leur détention.
Ils ont été soumis à un test HIV sans leur consentement. "Des gens comme vous devraient être brûlés vivants. Vous ne méritez pas de vivre", aurait affirmé un responsable à l'un d'eux, séropositif, selon HRW.
Ces quatre hommes ont été condamnés à un an de prison pour "débauche" et l'un d'entre eux est également enchaîné à son lit d'hôpital 23 heures par jour, selon HRW.
"Le gouvernement devrait cesser les arrestations arbitraires basées sur (l'accusation de) sida et prendre des mesures pour mettre fin aux préjugés et à la désinformation sur le sida, a affirmé HRW. Ces arrestations et ces procès choquants incarnent l'ignorance et l'injustice".
"L'Egypte met en jeu non seulement sa réputation à l'international mais aussi sa propre population si elle répond à l'épidémie de sida avec des peines de prison au lieu de mesures de prévention et de soins", selon Scott Long, de HRW.
"Ces cas montrent que la police égyptienne agit sur la base de la dangereuse croyance que le sida n'est pas une maladie devant être traitée mais un crime devant être puni", poursuit-il.
Contactées par l'AFP, les autorités égyptiennes n'ont pas souhaité réagir.
Souvent traitée de pathologie occidentale et assimilée à un comportement contre nature, l'homosexualité reste un tabou majeur dans l'écrasante majorité du monde arabe, où certains pays la punissent de la peine de mort.
La torture dans les prisons et postes de police égyptiens est décrite comme systématique par des ONG locales et internationales, ce que dément le ministère de l'Intérieur qui n'évoque que des incidents isolés.
source:actu.ma