Chaque année, les parlementaires de l’opposition et le gouvernement abordent, sur fond de querelle politique, le sujet des autorisations de vente d’alcool. Un débat qui reste loin de la réalité où dépendance et désespoir sévissent derrière un voile de tabou, voire de silence complice.
AU parlement, la question de la vente des boissons alcoolisées refait surface à chaque rentrée. Un débat qu’animent les éradicateurs (du fléau) de l’alcool comme le PJD et l’Istiqlal d’un côté et le gouvernement de l’autre. Il existe bien un décret de loi qui régit la vente des boissons alcoolisées et il ne date pas d’hier. Mais face à l’augmentation de la consommation et à la vente libre dans les grandes surfaces proches des quartiers populaires, la question est soulevée "de façon globale", comme l’a affirmé le ministre de l’intérieur à la Chambre des représentants, lors d’une récente séance de questions orales, car c’est un sujet qui revient chaque année avec les mêmes motifs : la protection du citoyen contre l’alcoolisme. Concernant la loi, aucun changement n’est envisageable. Elle énonce que les boissons alcoolisées ne peuvent être vendues qu’aux non-musulmans. Mais dans la réalité, ce sont les citoyens de confession musulmane qui se bousculent chez les marchands d’alcool qui ont pignon sur rue. Même ambiguité pour les bars régis par la loi de mai 1937, actualisée dans les années soixante et soixante-dix avec le décret du Premier ministre de 1977. Toutefois, actuellement, deux commissions, l’une centrale et l’autre régionale, sont chargées du contrôle de tout ce commerce légal de l’alcool car il est apparu d’autres débits de boissons alcoolisées qui opèrent au noir. De l’huile sur le feu Quand on ajoute à l’exclusion sociale dans les bidonvilles l’illettrisme, l’oisiveté, le chômage, la drogue de tous genres et l’alcool, il faut admettre qu’on a là un vrai coktail explosif. Dans une ville comme Salé (presque un million d’habitants), il n’existe aucun débit d’alcool autorisé, mais les "guerrabes" de service - marchands d’alcool au noir - ne chôment pas, d’autant qu’une grande enseigne est implantée, à deux pas de là, sur l’autre rive. L’alcoolisme - il faut bien le reconnaître - est devenu un vrai fléau qui touche toutes les catégories sociales. Il est souvent la cause de nombreux maux de la société : accidents de la route, violence conjugale, criminalité... Pour la première fois, le ministre de l’intérieur affirme être disposé à débattre de la question de la vente de boissons alcoolisées dans le cadre d’une approche globale. Une bonne nouvelle car tant que le sujet est tabou et qu’il n’y a pas de centres spécialisés, on n’évaluera jamais les ravages de ce fléau. Il est temps de faire le ménage dans ce secteur, au moins par l’éducation et la prévention. Car si on pense que faire de la prévention contre le tabagisme est quelque chose de banal, c’est dans le même esprit qu’on devrait en faire contre l’alcool qui est plus nuisible que le tabac. Le seul handicap - et c’est ce qui bloque tout ce processus - c’est la lecture de ce problème qui se traduit en lutte entre ceux qui sont pour l’interdiction, en l’occurrence les islamistes, et ceux qui sont pour le statu quo. Entre les deux, la vérité sur cette question se perd. D’où l’intérêt du dialogue que préconise le ministre de l’intérieur car, par delà les querelles politiciennes, c’est un grand nombre de citoyens qui sombrent dans l’alcoolisme chaque jour et qui ont besoin de structures d’accueil et d’assistance médicale et psychologique .
Buveur repenti
- CA, 45 ans, ex-cadre de Maroc télécom, diplômé d’une grande université parisienne, a fini par tout perdre, y compris son job, à la suite d’une période de désespoir où il a sombré dans l’alcoolisme. Il a fallu qu’il soit confronté à un problème de santé pour prendre conscience de la gravité de son état. Il s’est alors sérieusement repris en main et, dans la foulée, s’est même arrêté de fumer. Accro
- MB, 37 ans, est commercial dans une agence immobilière. Bien que l’alcool ait brisé son mariage, il continue de boire et de fréquenter des lieux de débauche. Selon sa femme, pour lui, c’est l’alcool qui l’aide à tenir. Sans alcool, il n’arriverait même jamais à dormir...
Ramadan Une trêve limitée dans le temps Pendant le ramadan où la vente d’alcool et sa consommation sont interdites, les services d’urgence "respirent" un peu vu la diminution du nombre d’accidents et de dégâts collatéraux causés par l’alcool. Même chose dans les permanences de police ou les bagarres provoquées par l’alcool sont le lot quotidien.
En France.. En France, où boire de l’alcool est une tradition populaire (un bon repas est toujours accompagné d’un bon vin) un débat politique est actuellement déclenché pour une lutte contre l’alcoolisme plus poussée qui pourrait aller jusqu’à interdire la publicité pour tout ce qui est boissons alcoolisées. Bien évidemment, le lobby des producteurs de vin montera au créneau pour défendre son commerce. La question n’en est pas moins posée.
Comme la pendule.. Dans un célèbre bar du centre ville de Rabat, une pendule murale est figée sur 10h. Personne n’a envisagé de la faire réparer pour que les aiguilles se remettent à tourner... Comme si le temps s’était subitement arrêté. C’est à peu près le cas de la loi qui régit la vente d’alcool au Maroc qui est là, bien que dépassée depuis belle lurette.
Dit ! « Dans le cas où le Maroc interdirait la vente des boissons alcoolisées, il n’aurait plus besoin des garanties de la Banque mondiale ni des prêts du Fonds monétaire international (FMI), parce que Dieu le Tout puissant lui ouvrirait toutes les portes ».Miloud chaabi
source:lereporter.ma