Classée parmi les villes les plus polluées du monde, Le Caire, où vivent seize millions d'habitants, a retrouvé cet automne son nuage grisâtre, nocif et nauséabond.
Aux gaz d'échappement d'une horde de véhicules déglingués s'ajoutent les émanations hyper-toxiques provenant du brûlage de millions de tonnes de pailles de riz après les récoltes dans le delta du Nil.
"Nous avons ici des pics de 540 microgrammes/m3 de particules fines polluantes, c'est trois fois plus que le plafond autorisé officiellement et dix fois plus que celui de l'OMS!", affirme à l'AFP l'expert Magdi Abdel Wahad.
Pour le chef du département météo de l'Université du Caire, le "nuage noir" qui s'installe comme une chappe plaquée au-dessus du Nil, a de graves effets sur la santé, en raison de la stabilité atmosphérique et notamment de l'absence de vent.
Plus encore que l'oxyde d'azote et le monoxyde de carbone, liés notamment au trafic automobile, et avec lesquels elles se mélangent, ces particules inférieures à 10 microns, appelées PM10, sont particulièrement dangereuses.
Elles sont notamment ciblées par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui a recommandé d'abaisser leur concentration limite à 50 mcg/m3/jour car elles peuvent provoquer un très large éventail de maladies allant des bronchites à des malformations foetales.
"Je peux vous dire que ces dernières semaines la fréquentation de mon cabinet a augmenté de 50 %, et ceci est dû à la pollution", souligne à l'AFP un pneumologue du Caire, Assem al-Essawy.
C'est en 1999 qu'est apparu le "nuage noir" provoquant la stupeur des Cairotes qui vivaient déjà dans une capitale tristement classée parmi les plus polluées au monde, aux côtés de Pékin et Mexico.
Depuis, il prend en septembre ses quartiers d'automne jusqu'au début de l'hiver, renforçant une pollution de l'air qui provoquerait jusqu'à cinq mille décès par an dans la mégapole égyptienne, selon des statistiques hospitalières.
Les grands fautifs ont été désignés par les autorités: les paysans du delta qui mettent le feu, sans se soucier de l'écologie, aux pailles de riz pour laisser le champ libre aux nouvelles récoltes.
Une équipe franco-italienne de chercheurs l'a confirmé: les particules de suie sont trois fois plus nombreuses au Caire qu'à Pékin.
"Cela donne une mesure de la pollution du Caire!" note l'expert français Stéphane Alfaro.
Des paysans brulent de la paille de riz dans le delta du Nil , le 20 octobre 2007 (© AFP - Khaled Desouki)
Une loi a été prise interdisant cette pratique. Des amendes ont été prévues. Un plan gouvernemental a été défini pour doter cette vaste région agricole d'usines de recyclage de la paille.
A el-Qorein, dans le gouvernorat de Charkiya, une entreprise a ainsi vu le jour pour en tirer de l'engrais. "A partir de 300.000 tonnes de paille, on produit par an 160.000 tonnes d'engrais, c'est un bon début", dit son directeur Ibrahim Gayed.
Mais pour acheminer les pailles à l'usine, elles doivent être compressées. Et il faudrait au moins quatre fois plus de compresseurs qu'il n'y en a aujourd'hui. Les paysans se plaignent aussi du trop long délai de transport.
"Au total, seulement 20 % des 3,5 millions de tonnes de pailles de riz seront recyclés cette année", note un peu fataliste, Hamza Abdel Hakim, un ingénieur de l'Organisme Arabe de l'Industrialisation (OAI).
Le secrétaire d'Etat à l'Environnement, Magued George Elias, qui multiplie les tournées rurales pour expliquer ce phénomène, se veut rassurant, estimant que le "nuage noir" devrait disparaître à l'horizon 2010.
Mais en admettant qu'il ne plane plus sur Le Caire d'ici trois ans, une lutte pharaonique resterait à mener contre la pollution automobile et industrielle, et pour tenter de juguler l'explosion démographique.
source:actu.ma