La journée mondiale des hépatites (1er octobre) a eu lieu cette année sous le thème « Faites le test ». Ce slogan a pour but de sensibiliser les populations pour éviter que l’hépatite qui touche actuellement 1 personne sur 12 dans le monde ne devienne la prochaine épidémie mondiale. L’association SOS Hépatites au Maroc se joint à la communauté mondiale dans cet effort de sensibilisation. Des questions/réponses pour mieux connaître la maladie.
Qu’est ce que les hépatites ?
Le foie est l’organe atteint dans les différentes maladies regroupées sous le nom d’hépatites. Cet organe est essentiel, vital : il sert à éliminer une partie des déchets produits par le corps, à digérer les graisses, et à stocker le sucre. Les hépatites sont une maladie inflammatoire du foie.
Quelles sont les différentes formes d’hépatite ?
Plusieurs types de virus ont été identifiés comme étant à l’origine de dysfonctionnement du foie. On les désigne sous les lettres A, B, C, D (ou delta), E et G, mais les plus fréquentes sont les 3 premières.
Le virus de l’hépatite A provoque une forme bénigne de la maladie dans la grande majorité des cas : c’est la jaunisse (« boussefir » en dialecte marocain), qui guérit spontanément.
Les virus de type B et C sont plus redoutables, car ils peuvent évoluer vers des formes chroniques. L’inflammation s’installe durablement, et peut ensuite évoluer vers des formes beaucoup plus graves : la cirrhose, et à terme le cancer du foie.
Comment attrape-t-on une hépatite ?
La contamination par le virus de l’hépatite A se fait principalement par voie alimentaire (eau souillée, coquillage, crudités, etc…), ou par transmission féco-orale (« maladie des mains sales »). L’infection est donc étroitement liée aux mauvaises conditions d’hygiène et se retrouve dans les milieux socio-économiques défavorisés.
En revanche les virus B et C se transmettent par voie sanguine. Un grand nombre de personnes ont été contaminées par des transfusions de sang, avant que des mesures de prévention et de traitement n’aient été prises sur les lots de sang de donneurs au début des années 90. Actuellement la transmission se fait principalement par l’intermédiaire d’instruments souillés utilisés par plusieurs personnes : seringues pour les toxicomanes, outils de chirurgie mal stérilisés (attention aux instruments de dentistes, aux outils de circoncision), matériel de tatouage et de piercing, rasoirs, brosses à dents, etc…
La contamination par voie sexuelle, et de la mère à l’enfant pendant la grossesse et l’accouchement, est possible pour l’hépatite B, qui est donc considérée comme une maladie sexuellement transmissible. En revanche ces modes de transmission sont exceptionnels pour l’hépatite C. Le virus de l’hépatite B a un mode de transmission comparable au VIH, responsable du SIDA, mais il est 50 à 100 fois plus infectieux, c’est-à-dire qu’en cas de contact il a 50 à 100 fois plus de chance de s’introduire dans l’organisme et d’y provoquer la maladie.
Quels sont les symptômes, comment la maladie évolue-t-elle, quels sont les traitements ?
Nous ne parlerons ici que des hépatites B et C qui peuvent évoluer vers des formes chroniques et graves.
Symptômes et évolution : Après contamination, le virus va se loger dans le foie du malade et y développer une inflammation, dont les symptômes ne sont pas très importants (maux de ventre, difficultés à digérer, fatigue…), voire souvent inaperçus, surtout dans le cas de l’hépatite C. Un certain nombre de personnes va parvenir à éliminer complètement le virus, soit naturellement, soit avec l’aide d’un traitement si l’on a pu diagnostiquer la maladie. Chez les autres le virus va s’installer durablement vers une hépatite chronique : c’est le cas pour 10% des personnes atteintes d’une hépatite B, et pour 70 à 80% des personnes infectées par le virus de l’hépatite C.
Le foie réagit à l’agression du virus en formant des cicatrices fibreuses. Lentement, au cours des années, cette fibrose peut évoluer vers une destruction partielle qui s’appelle la cirrhose. Contrairement à une idée très largement répandue la cirrhose du foie n’est pas uniquement la maladie des alcooliques. Beaucoup de cirrhotiques sont des porteurs du virus de l’hépatite C, parfois B, sans le savoir.
Une autre évolution très grave de l’hépatite chronique est le cancer du foie. Il est observé au bout de 20 à 30 ans chez 1 à 5% des malades souffrant d’hépatite chronique. Ce cancer est de très mauvais pronostique, et le délai moyen de survie après diagnostic est de l’ordre de quelques mois. Le seul véritable espoir réside dans une greffe de foie, mais qui reste une alternative très difficile mettre en œuvre.
Il est donc important de souligner que l’hépatite C évolue en maladie chronique silencieuse pendant 15 à 20 ans. Pendant ce délai les malades, s’ils ne sont pas dépistés, sont des réservoirs de virus susceptibles d’infecter les personnes avec qui ils sont en contact.
Les traitements : L’hépatite B est traitée en première intention par l’interféron alpha pendant 4 à 6 mois, lorsque la maladie n’a pas encore évolué vers la fibrose. Il permet d’obtenir une normalisation des taux sanguins de transaminases dans 30 à 40% des cas, avec disparition complète du virus dans 10% des cas. Si ce traitement n’est pas efficace on peut avoir recours à des anti-viraux, parmi lesquels la lamivudine donne les meilleurs résultats avec le moins d’effets secondaires possibles.
Dans le cas de l’hépatite C l’interféron alpha est aussi utilisé, en bithérapie avec un anti-viral : la ribavirine.
Une nouvelle forme d’interféron a été mise sur le marché récemment, qui donne de très bon résultats sur la réponse virale prolongée, avec des effets secondaires moindres : c’est l’interféron pégylé. Il permet de réduire significativement le nombre de rechutes après l’arrêt du traitement. Il est important de savoir que l’hépatite C est une maladie dont on peut guérir. Ainsi 6 patients traités sur 10 guérissent complètement. Il est donc crucial de diagnostiquer la maladie afin de pouvoir la traiter et d’éviter les complications à long terme souvent mortelles. On estime en France que la moitié des patients infectés par le virus de l’hépatite C l’ignore. Ces chiffres sont certainement beaucoup plus importants dans les pays où l’éducation à la santé et l’accès aux soins sont moins bons, comme dans les pays du Maghreb.
ENCADRE
Focus sur les pays du Maghreb
1. L’hépatite B
Le virus de l’hépatite B est le plus virulent et le plus dangereux de tous. D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) il est présent chez 2 milliards de personnes dans le monde, soit près d’une personne sur 3. 350 millions d’entre elles deviennent des porteurs chroniques et peuvent transmettre le virus pendant des années avec un potentiel infectant très élevé. De plus les trois quarts de la population mondiale vivent dans des régions où les taux d’infection sont élevés.
Heureusement ce virus est aussi celui contre lequel on dispose depuis 1982 d’un vaccin sûr et efficace, qui permet d’éviter l’infection. Il permet aussi, s’il est administré peu de temps après la contamination, d’empêcher l’évolution vers un état de porteur chronique. Depuis 1991 l’OMS préconise de vacciner tous les enfants pendant la petite enfance. 166 pays dans le monde ont déjà systématisé l’usage de ce vaccin, mais malheureusement il reste inaccessible pour les pays les plus pauvres en raison d’un coût excessif. Il existe donc de profondes inégalités entre les pays du Nord et du Sud. Ainsi, la prévalence du virus de l’hépatite B est inférieure à 1% dans les pays occidentaux, contre près de 10% dans les pays d’Afrique sub-saharienne.
source:menara.ma