George W. Bush ne renonce pas. Tout en continuant à défendre un conflit devenu impopulaire, le président américain a toutefois fait une petite concession. Il a approuvé jeudi une réduction progressive des troupes américaines d¹Irak selon «le principe du retour gagnant».
Dans un discours prononcé par le président américain dans la soirée (01h00 GMT vendredi, 03h00 à Paris) depuis le Bureau ovale de la Maison Blanche, il a nouveau fermement rejeté les appels à la fin de la guerre, soulignant que l¹Irak continuera d¹avoir besoin du soutien militaire, économique et politique de Washington après la fin de son mandat, le 20 janvier 2009.
«Le principe qui guide mes décisions sur les niveaux des troupes en Irak c¹est celui de retour gagnant: plus on réussira en Irak, plus il y aura de soldats qui reviendront», a-t-il déclaré en présentant sa stratégie pour la réduction des troupes. Un mouvement qui devra se poursuivre en fonction des progrès effectués.
Alors que les troupes américaines en Irak comptent actuellement 168.000 hommes, George W. Bush a précisé que 5.700 soldats seraient de retour aux Etats-Unis d¹ici Noël et que quatre brigades -soit au moins 21.500 hommes- seraient rentrés d¹ici juillet 2008, en plus d¹un nombre non défini de troupes de soutien.
George W. Bush a annoncé avoir demandé au commandant des forces américaines en Irak, le général David Petraeus, et à Ryan Crocker, l¹ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad, de présenter au Congrès en mars prochain leur évaluation des développements en Irak et le niveau des troupes américains requis pour y assurer la sécurité.
Mais d¹ores et déjà, l¹opposition démocrate qui détient la majorité au Congrès juge inacceptable l¹approche modeste de l¹actuel président américain. «Une présence militaire sans fin et sans limite en Irak n¹est pas une option», a estimé Jack Reed, le sénateur de Rhode-Island qui s¹exprimait au nom des démocrates.
«Les démocrates et les républicains du Congrès -et à travers la nation- ne peuvent pas et ne doivent pas rester sans rien faire alors que nos intérêts à travers le monde sont sapés et que nos forces armées ont quasiment atteint leurs limites», a affirmé Jack Reed. «Nous devons exercer notre devoir constitutionnel et modifier en profondeur notre engagement militaire en Irak».
Les réductions d¹effectifs annoncées par George W. Bush représentent seulement une faible accélération de ce qui était prévu à l¹origine, soit l¹arrêt de l¹augmentation des troupes en Irak annoncé en janvier dernier. Lorsque ces réductions d¹effectifs auront été effectuées, il restera encore quelque 132.000 soldats américains en Irak.
George W. Bush a décrit le retrait progressif allié à la présence de troupes américaines continuant à se battre en Irak comme un compromis sur lequel les défenseurs et les opposants de la guerre devraient s¹accorder.
L¹ombre Al-Qaïda
«La voie que j¹ai décrite ce soir rend possible aux personnes des camps opposés autour de ce débat difficile de se mettre d¹accord pour la première fois depuis plusieurs années», a estimé George W. Bush.
Cela semblait cependant hautement improbable, les démocrates demandant des dates limites pour le retrait des troupes. «Il y a longtemps que les Américains ont perdu la foi dans le leadership de leur président au sujet de la guerre en Irak, car sa réthorique n¹a jamais correspondu à la réalité sur le terrain», a affirmé Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants. «Le choix se trouve désormais entre un plan démocrate pour un redéploiement responsable et le plan du président en vue d¹une guerre sans fin en Irak».
Reste que les démocrates du Congrès ne parviennent pas à rassembler assez de voix pour mettre fin à la guerre. C¹est pourquoi, ils espèrent le soutien des républicains modérés afin de limiter, par le biais de la législation, les missions des forces armées américaines en Irak qui visent à entraîner l¹armée et la police irakienne, à y protéger les avantages américains et à lutter contre les terroristes.
Alors que les sondages montrent que les Américains désapprouvent largement la façon dont leur président gère la guerre, qui a coûté la vie à 3.700 soldats américains et a coûté près de 500 milliards de dollars (360 milliards d¹euros), George W. Bush s¹est adressé aux Américains frustrés par la guerre: «certains disent que les victoires obtenues en Irak arrivent trop tard. Ils se trompent. Il n¹est jamais trop tard pour porter un coup à Al-Qaïda. Il n¹est jamais trop tard pour faire avancer la liberté. Et il n¹est jamais trop tard pour soutenir nos troupes dans une bataille qu¹elles peuvent gagner».
Toutefois, les affirmations du président américain sur les progrès de la sécurité en Irak ont été ébranlées par l¹assassinat jeudi d¹Abdoul-Sattar Abou Risha. Ce cheikh sunnite était le chef du Conseil du salut d¹Anbar, une alliance de clans ayant apporté leur soutien au gouvernement irakien et aux forces américaines. Abou Risha faisait partie du groupe de chefs tribaux ayant rencontré le président George W. Bush lors de sa visite-éclair au début du mois, sur la base aérienne d¹Al-Assad Air, dans la province d¹Anbar.
Dans son discours, il lui a rendu un hommage appuyé en affirmant qu¹après sa mort, un responsable sunnite s¹était engagé à continuer à travailler avec les Etats-Unis. «Ils montrent qu¹Al-Qaïda ne peut pas compter sur le soutien populaire, même dans une province qu¹ils ont considérée comme leur maison».
Terence Hunt (AP)
source:albayane.ma