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Maroc :  Les mendiants dans les filets de l'unit? d'assistance sociale
Posté par achkoune le 08/04/2007 23:29:38 (681 lectures) Articles du même auteur

Mensonges, ruses, larmes, agressivit?? autant de stratag?mes pour fuir les patrouilles

11h. Miloud El Mjabber, assistant social, Morjane Mohamed, chauffeur, Abdellah Chahid, policier et Khalid Bouchbouch, repr?sentant des forces auxiliaires, s'appr?tent ? d?marrer leur journ?e de travail.


Depuis pr?s de deux mois, date du lancement par le minist?re de D?veloppement social du programme de lutte contre la mendicit?, ils sillonnent les rues de Casablanca ? la recherche de mendiants.
"Pour l'instant nous ciblons les points noirs de la ville. Huit unit?s mobiles d'assistance sociale sont mobilis?es : quatre au niveau de la pr?fecture de Casa-Anfa et quatre autres ? Mers Sultan-El Fida. Au niveau de la premi?re pr?fecture, les points noirs sont : l'avenue Mohammed V, la place pi?tonne Prince Moulay Abdallah, M?arif, Jama? Saoud et Jam?a Badr ", explique Miloud.

Au d?but de la campagne, les unit?s mobiles appr?hendaient entre 35 et 45 mendiants par jour, mais depuis, le nombre est pass? de 8 ? 10 personnes. Ceci s'explique du fait que plusieurs se sont repli?s vers d'autres pr?fectures o? les unit?s ne sont pas encore pr?sentes.
D'ailleurs, ? partir du 15 avril, il est pr?vu que le programme soit ?tendu ? A?n Sebba, Sidi Bernoussi et A?n Chock. Tout en roulant, l'?quipe de l'unit? scrute chaque coin pour rep?rer les mendiants.
" Ils sont facilement rep?rables. Il faut agir vite avant qu'ils nous filent entre les doigts. Nous travaillons selon une approche sociale. On essaye de convaincre les gens de nous accompagner, on ne les force pas ", dit Miloud.
Au d?tour d'une rue, appara?t finalement une vielle dame, Rabha, ?g?e de 65 ans.

En un rien de temps, il s'agenouille ? c?t? d'elle et la harc?le de questions pour savoir qu'est ce qu'elle fait ici, depuis quand elle mendie, est-ce qu'elle a de la famille? Ensuite, il essaye de la convaincre de l'accompagner.

Mais elle refuse et commence ? le supplier. S'agissant de sa premi?re appr?hension, Rahba, qui mendie depuis 4 ans d?j?, peut repartir tranquillement chez elle. Mais la prochaine fois elle n'y ?chappera pas. M?me si l'?quipe de l'unit? d'assistance sociale n'a pas le droit de forcer les gens, elle a d'autres fl?ches ? son arc. Quelques minutes apr?s, un autre mendiant appara?t.

Il s'agit de Si Driss, un vieil homme ?g? de 60 ans. D'apr?s les enqu?teurs et les voisins du quartier, c'est un habitu? du coin. D?s qu'il aper?oit le v?hicule, il tente de s'enfuir. Pas de chance. Miloud a ?t? plus rapide. Il d?cide donc de jouer la victime. ?a ne marche pas. Si Drissi est un r?cidiviste. Il mendie depuis plus de 27 ans.
" Ma fille qui vit en France ne m'envoie pas d'argent. Donc, je suis oblig? de mendier pour pouvoir vivre ", dit-il. Malgr? l'insistance de l'?quipe, il refuse de bouger et se jette ? terre. Pour le convaincre, Miloud lui promet de le ramener chez lui pour v?rifier la v?racit? de ses propos. Et voici la petite ruse ! En effet, face aux mensonges des mendiants et leurs nombreuses manigances, l'?quipe n'a pas d'autre choix que de jouer le m?me jeu.

Place pi?tonne Prince Moulay Abdallah. Nos enqu?teurs sont ? la recherche de mendiants. Ils en rep?rent une. Sachant qu'elle a commis une faute, elle les suit sans rechigner. Direction ensuite le march? central situ? sur l'avenue Mohammed V. Les mendiants sont partout. Deux vieux hommes, des professionnels, alert?s par des passants, font semblant de passer une commande ? la laiterie d'? c?t? "On ne peut les interpeller qu'en cas de flagrant d?lit. Mais notre gros probl?me ce sont les citoyens.

Souvent ils nous emp?chent de faire notre travail. Ils alertent les mendiants qui d?campent aussit?t ", explique Chahid. Et c'est d'ailleurs ce qui se passe.

13h. Il est temps de rejoindre la deuxi?me ?quipe, qui a appr?hend? une vieille dame et un handicap?, pour partir vers le Centre social de Tit Mellil. La vieille dame en question est tr?s agressive et ne cesse de jurer. " Je sais que vous n'allez pas m'aider mais plut?t creuser une tombe et m'y enterrer", dit-elle. Comme l'agressivit? ne marche, elle devient plus docile : "j'ai un cancer ? la jambe, un probl?me au c?ur, et en plus je souffre de maux de t?te. Laissez moi partir !". L'?quipe ne lui pr?te aucune attention. Elle opte donc ? nouveau pour l'agressivit?. Sans succ?s encore une fois.

Une demi-heure apr?s. Nous arrivons au centre. La fouille commence. Un par un, les mendiants d?filent devant les assistants sociaux qui n'h?sitent pas ? les fouiller de fond en comble et ? vider leurs poches. L'argent trouv? est compt? et d?pos? dans un coffre-fort. Un re?u est ensuite remis au mendiant. " En une journ?e de travail, ils peuvent gagner entre 50 ? 500 DH. Quand ils sortent, nous leur remettons leur argent. Il leur appartient", pr?cise Abdelkrim Sebbar, directeur du centre. Le passage au centre social est obligatoire.

C'est l? o? se fait l'enqu?te sociale plus approfondie afin de d?terminer l'int?gration la plus appropri?e : prise en charge institutionnelle, insertion familiale ou socio?conomique. Ceux qui ont ?t? appr?hend?s pour la premi?re fois peuvent repartir, mais les r?cidivistes non. Car selon la loi, toute personne exploitant des enfants de moins de 13 ans, des handicap?s ou des personnes ?g?es est passible de prison. " L'int?gration socio?conomique entre dans le cadre du partenariat avec les associations pour la cr?ation d'activit?s g?n?ratrices de revenus.

Plusieurs ONG (21 au total) ont b?n?fici? d'une subvention de 4.500.000 DH mais aucune n'a encore r?alis? un projet pour accueillir les mendiants et les initier ? des projets ", explique Abdelkrim Sebbar.

17h. L'unit? d'assistance sociale se remet au travail. Jusqu'? 19 h ils sillonneront ? nouveau les rues mais cette fois-ci ils sensibilisent les mendiants au lieu de les appr?hender. Retour donc ? la place pi?tonne Prince Moulay Abdellah, ? Lalla Ya?cout ? Les mendiants sont partout : des jeunes, des vieux, des handicap?s, des ivrognes? Les enqu?teurs discutent avec chacun d'entre eux. Et au moment de finir leur ronde, ils tombent sur F. une jeune femme accompagn?e de sa fille handicap?e.

Selon ses dires, qui s'av?rent ?tre vrais, elle n'a pas d'autres moyens pour subvenir aux besoins de sa famille. S'agissant de la premi?re fois, elle ne devra pas suivre l'?quipe, mais si demain, ils retombent sur elle, ils seront dans l'obligation de la prendre. Qu'adviendra-t-il alors de sa famille ?
Et c'est justement l? o? le b?t blesse. Cette campagne, malgr? toutes les bonnes volont?s, n'est s?rement pas la meilleure des solutions. S'il est vrai qu'elle permet de nettoyer la ville des mendiants professionnels, elle ne r?sout certainement pas la mis?re et la pauvret?. Au contraire, elle contribue plut?t ? cr?er une nouvelle g?n?ration de mendiants !
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La mendicit? en chiffres
Pendant pr?s de dix jours, du 2 mars jusqu'au 12 mars, les unit?s mobiles d'assistance sociale ont scillon? Casablanca et ont principalement ax? leur travail sur la sensibilisation. 452 mendiants ont ?t? sensibilis?s au niveau de la pr?fecture de Casa-Anfa et 237 dans la pr?fecture de Mers Sultan El Fida. 178 cas ont ?t? achemin?s vers le centre social, dont 89 hommes, 66 femmes et 23 enfants.

103 personnes ont ?t? transf?r?es, pour la premi?re fois, au centre de Tit Mellil, dont 88 ont d?clar? avoir ?t? en contact avec les unit?s mobiles d'assistance sociale lors de la semaine de sensibilisation. "Ces 88 mendiants ont d?clar? ne pas avoir pris au s?rieux les ?quipes des unit?s et pensaient que cette action ?tait limit?e dans le temps. Et 23 sur les 103 ont dit avoir pris connaissance du programme ? travers les m?dias", explique Abdelkrim Sebbar.

Toujours d'apr?s lui, les mendiants achemin?s vers le centre sont ?g?s entre 23 ans et 80 ans. 63 mendiants ne sont pas originaires de Casablanca. Sur les 66 femmes, 12 pratiquent la mendicit? professionnelle sans l'accord de leur famille.

47 mendiants ont b?n?fici? de l'int?gration familiale dont 31 ? Casablanca et 26 en dehors de Casablanca. 6 enfants ont ?t? plac?s au sein des associations. 37.000 DH repr?sentent la somme maximale trouv?e jusqu'au 28 mars sur un mendiant originaire de Beni Mellal, ?g? de 69 ans et propri?taire d'une ferme.
" Ma fille qui vit en France ne m'envoie pas d'argent. Donc, je suis oblig? de mendier pour pouvoir vivre ", dit-il.
Malgr? l'insistance de l'?quipe, il refuse de bouger et se jette ? terre. Pour le convaincre, Miloud lui promet de le ramener chez lui pour v?rifier la v?racit? de ses propos. Et voici la petite ruse ! En effet, face aux mensonges des mendiants et leurs nombreuses manigances, l'?quipe n'a pas d'autre choix que de jouer le m?me jeu.

Place pi?tonne Prince Moulay Abdallah. Nos enqu?teurs sont ? la recherche de mendiants. Ils en rep?rent une. Sachant qu'elle est dans l'erreur, elle les suit sans rechigner. Direction ensuite le march? central situ? sur l'avenue Mohammed V. Les mendiants sont partout. Deux vieux hommes, des professionnels, alert?s par des passants, font semblant de passer une commande ? la laiterie d'? c?t? "On ne peut les interpeller qu'en cas de flagrant d?lit. Mais notre gros probl?me ce sont les citoyens. Souvent ils nous emp?chent de faire notre travail. Ils alertent les mendiants qui d?campent aussit?t", explique Chahid. Et c'est d'ailleurs ce qui se passe.

13h. Il est temps de rejoindre la deuxi?me ?quipe, qui a appr?hend? une vieille dame et un handicap?, pour partir vers le Centre social de Tit Mellil. La vieille dame en question est tr?s agressive et ne cesse de jurer. " Je sais que vous n'allez pas m'aider mais plut?t creuser une tombe et m'y enterrer", dit-elle. Comme l'agressivit? ne marche, elle devient plus docile : "j'ai un cancer ? la jambe, un probl?me au c?ur, et en plus je souffre de maux de t?te. Laissez moi partir !". L'?quipe ne lui pr?te aucune attention. Elle opte donc ? nouveau pour l'agressivit?. Sans succ?s encore une fois.

Une demi-heure apr?s. Nous arrivons au centre. La fouille commence. Un par un, les mendiants d?filent devant les assistants sociaux qui n'h?sitent pas ? les fouiller de fond en comble et ? vider leurs poches. L'argent trouv? est compt? et d?pos? dans un coffre-fort. Un re?u est ensuite remis au mendiant. " En une journ?e de travail, ils peuvent gagner entre 50 ? 500 DH. Quand ils sortent, nous leur remettons leur argent.

Il leur appartient", pr?cise Abdelkrim Sebbar, directeur du centre. Le passage au centre social est obligatoire. C'est l? o? se fait l'enqu?te sociale plus approfondie afin de d?terminer l'int?gration la plus appropri?e : prise en charge institutionnelle, insertion familiale ou socio?conomique. Ceux qui ont ?t? appr?hend?s pour la premi?re fois peuvent repartir, mais les r?cidivistes non. Car selon la loi, toute personne exploitant des enfants de moins de 13 ans, des handicap?s ou des personnes ?g?es est passible de prison.

" L'int?gration socio?conomique entre dans le cadre du partenariat avec les associations pour la cr?ation d'activit?s g?n?ratrices de revenus. Plusieurs ONG (21 au total) ont b?n?fici? d'une subvention de 4.500.000 DH mais aucune n'a encore r?alis? un projet pour accueillir les mendiants et les initier ? des projets ", explique Abdelkrim Sebbar.

17h. L'unit? d'assistance sociale se remet au travail. Jusqu'? 19 h ils sillonneront ? nouveau les rues mais cette fois-ci ils sensibilisent les mendiants au lieu de les appr?hender. Retour donc ? la place pi?tonne Prince Moulay Abdellah, ? Lalla Ya?cout ?
Les mendiants sont partout : des jeunes, des vieux, des handicap?s, des ivrognes? Les enqu?teurs discutent avec chacun d'entre eux.
Et au moment de finir leur ronde, ils tombent sur F. une jeune femme accompagn?e de sa fille handicap?e. Selon ses dires, qui s'av?rent ?tre vrais, elle n'a pas d'autres moyens pour subvenir aux besoins de sa famille.

S'agissant de la premi?re fois, elle ne devra pas suivre l'?quipe, mais si demain, ils retombent sur elle, ils seront dans l'obligation de la prendre. Qu'adviendra-t-il alors de sa famille?
Et c'est justement l? o? le b?t blesse.
Cette campagne, malgr? toutes les bonnes volont?s, n'est s?rement pas la meilleure des solutions.

S'il est vrai qu'elle permet de nettoyer la ville des mendiants professionnels, elle ne r?sout certainement pas la mis?re et la pauvret?.
Au contraire, elle contribue plut?t ? cr?er une nouvelle g?n?ration de mendiants !
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A chacun sa m?thode
" Les mendiants jouent des r?les. Quand on essaye de les laver, ils refusent car on va leur faire perdre leur registre de commerce. Ils jouent sur le psychique des citoyens en restant sales ", explique Abdelkrim Sebbar.

Les m?thodes utilis?es par les mendiants pour app?ter les passants sont diverses. Il y a ceux qui exploitent les handicap?s, les personnes ?g?es et malades. Certains simulent des handicaps, des maladies comme c'est le cas d'une femme rencontr?e pr?s du Bd Lalla Yacout. Pour amadouer les passants, elle se faisait passer pour une sourde-muette et faisait semblant d'avoir la jambe cach?e. Que des mensonges !
D'autres, par contre, au lieu de miser sur la salet?, font tout le contraire.

Ils mettent des habits propres et font semblant d'avoir eu un p?pin de voiture ou autre. Et ?a marche. "A cela, un passant n'osera pas lui donner 1 ou 2 DH. Il lui en donnera 20 ou 50 DH. En r?alit?, ce n'est qu'une arnaque ", souligne Abdelkrim Sebbar. En gros on ne sait plus qui croire !



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