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Tourisme du Maroc

NOS THEMES

Maroc : Enqu?te. Gosses de riches
Posté par achkoune le 11/03/2007 21:05:48 (3686 lectures) Articles du même auteur

Jeunes, riches et insouciants, le soleil est pour eux toujours au z?nith. Drogues, alcool, filles et night-clubbing, ils croquent la vie ? belles dents. Eux, ce sont les enfants de l??lite financi?re, politique et administrative du royaume. Jeunesse dor?e : sa vie, son ?uvre.


L?iPod est pos? ostensiblement sur un coin du bureau. Et sur la table basse, s'amoncellent quelques bouteilles de vodka et des canettes de Red Bull. La nuit s'annonce longue. Ce soir, Mourad re?oit des potes pour l'in?vitable ap?ro d'avant night-clubbing. Dans la bande, ce ?warm
up? est de coutume avant d'aller faire la bringue. La trentaine ? peine entam?e, Mourad est d?j? bien install? dans la vie. Il vit dans un appartement sur le boulevard d'Anfa, d?cor? avec quelques meubles griff?s et une sculpture style post-moderne dans le coin du salon.

Il s'int?resse aux belles choses en esth?te qu'il est. La d?co est m?me de plus en plus pris?e dans son milieu, o? cet art particulier n'est plus du tout r?serv? aux seuls parents qui refont leur salon au gr? des tendances et des humeurs. Ses amis partagent la m?me passion, mais ils sont plut?t dans le courant vintage seventies. ?Surfait et bient?t mainstream !?, commenterait Mourad, qui aimerait bien craquer pour un fauteuil sign? Philippe Starck. De toute mani?re, ?a ne saurait tarder. Sa petite affaire tourne plut?t bien. Ex-pubard ? 80 000 dirhams par mois, il s'est reconverti dans la mode pour jeunes branch?s. Avec un ami, il a ouvert un magasin, sis dans le fameux triangle d'or casablancais, qui distribue en exclusivit? une marque dont les articles s'arrachent comme des petits pains. Son associ? ? Il l'a rencontr? ? Ibiza, o? Mourad s'?tait install? pour quelque temps, histoire de faire la f?te, la vraie, toutes les nuits. Ou comment joindre l'utile ? l'agr?able.

Le carillon rententit, les invit?s arrivent. Derri?re la porte d'entr?e, Najib et Youn?s, deux jolis pedigrees ?galement. Najib est le fils d'un importateur de mat?riel informatique. Il travaille dans la bo?te de son p?re comme le veut le principe de l'entreprise familiale ? la marocaine. Youn?s, quant ? lui, est dans l'importation d'alcool. D?j? homme d'affaires ? 25 ans. Youn?s n'est pas venu les mains vides, il pose sur la table d?j? encombr?e une ?ni?me bouteille de vodka. Mais cette marque, haut de gamme bien s?r, est introuvable au Maroc. Il envisage d'en devenir l'importateur exclusif, mais avant ?a, il veut la faire go?ter ? ses amis. ?C'est le top !?, s'exclame-t-il, pas peu fier. D?s le premier verre, la vodka est adopt?e par le groupe. Au deuxi?me verre, on a d?j? oubli? la s?ance de test. Au troisi?me, les langues se d?lient. Commentaire de l'actu chaude du moment, le tremblement de terre qui vient de frapper le Maroc. ?J'?tais assis derri?re mon bureau quand il s'est mis ? bouger?, raconte Hicham, patron d'une bo?te de com'. ?Toi au bureau avant 11h00 ? Laisse-moi rire !?, le corrige Mourad, pas dupe des horaires du jeune boss, plus souples qu'une danseuse du Bolcho?. ?Tarik est ? Sydney. ? peine arriv?, il a fil? faire la f?te avec un type rencontr? dans l'avion. Il en avait rien ? battre du d?calage horaire?, raconte, hilare, Driss. Apr?s un s?jour ? Paris o? il est parti faire de vagues ?tudes (et beaucoup la tourn?e des bo?tes de nuit), Driss est revenu au Maroc pour faire une ?cole de commerce. Cela n'a pas l'air de l'enthousiasmer plus que ?a : ?Tu sais ce qu'il en est. C'est pour la forme?, explique-t-il ? Sa?d, un ami qu'il n'a pas vu depuis longtemps. Et pour cause, ce dernier s'est install? ? Marrakech o? son p?re, propri?taire d'une enseigne de d?coration de prestige, l'a envoy? s'occuper du nouveau magasin du groupe. Sa?d se sent comme un poisson dans l'eau dans l'ambiance jet-set marrakchie. Qui plus est, il loge dans la villa de ses parents et y ouvre chaque jour les yeux sur un spectacle magnifique : la vall?e de l'Ourika. Il est aux anges, ses bottines italiennes Roberto Cavalli aussi. Elles brillent comme un sou neuf : ?On regarde d'abord les pieds. Les chaussures sont un signe de reconnaissance parmi la jeunesse dor?e?, signale un membre de ce milieu. Tout comme les beaux voyages.

Dolce vita
?Et il est o? flane ??, questionne Najib. ?? Las Vegas, je crois?, lui r?pond Younes. Cela n'?tonne personne, c'est presque courant. ?D?sormais, on va ? Barcelone comme on irait ? Derb Ghallef?, fait remarquer Hicham. Il a ?tudi? aux Etats-Unis, ?voque son ex qui ?tait Suisse, l?che dans la conversation, l'air de rien, des noms de boulevards de Los Angeles. Hicham, ou l'homme presque blas?. Ses pouss?es d'adr?naline, il les cherche d?sormais dans les parties de poker qui s'organisent en priv?. Il pr?f?re la variante ?Texas hold'em?, celle qui procure le plus de sensations, qui peut aussi bien rapporter gros que siphonner un compte bancaire. Flamber de la sorte est tr?s en vogue dans son milieu, surtout pendant le ramadan, pour tuer les longues nuits de veille.

?C'est facile de s'?quiper. On trouve de vraies tables de poker ? 15 000 dirhams dans le commerce. Pour les jetons, il suffit de faire un tour dans un K-Shop?, signale Hicham. Et quand ?a joue, ?a ne rigole plus. ?Les parties peuvent durer jusqu'? deux jours. J'ai vu des accros perdre 250 000 dirhams en une soir?e. ? la fin, certains remettaient leurs cl?s de voiture pour couvrir leurs pertes. Le mois dernier, le fils d'un c?l?bre banquier a perdu trois millions de dirhams au casino du Dorint ? Agadir?, ajoute-t-il. Hicham re?oit m?me des mails de casinos lui proposant des chambres gratuites. Oui, comme ? Las Vegas.

?Je vais me faire un week-end filles, alcool et dope ? Prague en avril. Cela tente quelqu'un ??, propose Najib, visiblement le plus ais? du groupe d'amis. Le tour du monde en 80 secondes est stopp? net par une nouvelle sonnerie ? l'entr?e de l'appartement. La porte s'ouvre sur une tripot?e de filles d'une vingtaine d'ann?es, des amies qu'on a invit?es au tour de chauffe. Nickel chrome des pieds ? la t?te, elles viennent de se faire d?poser par le chauffeur de l'une d'entre elles. Il les attend en bas de l'immeuble pour les accompagner au Platinium, la bo?te la plus in de la capitale, destination de la bande pour cette nuit. Ensuite, il les raccompagnera au retour. Bref, il n'est pas couch? de sit?t. Kenza, 28 ans, designer ? Marrakech, scrute l'arrivage de fashion-victims depuis le fauteuil du fond. Une victime tomb?e au champ d'honneur attire son attention plus que les autres : top l?opard et pantalon ultra taille basse. Puis, Kenza se lance dans une analyse sociologique : ?Ce qu'elles sont mignonnes ! De v?ritables poup?es Barbies ! Mon portrait crach? ? leur ?ge?.

Kenza a grandi depuis, et s'est assagie. Aujourd'hui, elle est presque en qu?te de sens dans les bulles de champagne, la peur d'?tre prise pour une bimbo ?cervel?e viss?e au corps : ?J'aime le monde des paillettes. J'adore la l?g?ret? et la futilit?. En m?me temps, j'ai besoin de trucs s?rieux. Du contenu?. En parlant de contenu, Hicham s'int?resse de plus en plus ? celui du d?collet? de Narjiss, une Barbie assise en face de lui. Elle a 18 ans, ?tudie l'anglais ? Paris. Pourquoi la langue de Shakespeare en particulier ? ?C'est tout ce que j'ai trouv? de pas trop prise de t?te?, l?che-t-elle sans montrer d'inqui?tude pour son avenir. L'essentiel est ailleurs : vivre ? Paris, capitale de la mode. ?J'en suis certain, elle s'est fait refaire les seins?, souffle Hicham, le regard toujours viss? sur la Barbie polyglotte. La mini-jupe qu'elle porte y est aussi pour beaucoup. ?Se faire refaire les seins est devenu tr?s courant chez les filles d'une vingtaine d'ann?es. Avant une soir?e importante, certaines se font m?me faire des injections pour se gonfler les l?vres?, poursuit-il.

On a du mal ? s'imaginer un clone d'Arielle Dombasle danser sur la a?ta de Hajja Hlima. Et pourtant, la sc?ne ?tait courante l'?t? dernier dans les villas d'Anfa, le quartier chic de Casablanca. Tr?s demand?e, la chikha a fait bouger ? la mode paysanne les soir?es tr?s urbaines de la haute. ? c?t? de Hicham, ?a cause foot : ?Ils sont nuls, la Roma !?, s'exclame Driss ? l'adresse de Sa?d. ?Arr?te ! Totti c'est la classe !?, r?torque Sa?d. La r?f?rence explique les allures de dandy italien de Sa?d. ?Alors les filles, chaudes ?? l?che-t-il. Avant de se rattraper : ?Enfin je veux dire pour la bo?te?. Les bouteilles de vodka sont presque vides, il est l'heure de lever le camp.

Le jeu des sept familles
Sur la route en direction du Platinium, Hicham sirote un verre de vodka en taillant quelques costards sur mesure aux filles crois?es dans l'appartement. ?Elles font quoi dans la vie ??, demande un des passagers. ?Elles font piti? !?, lui r?pond Hicham, dans un ?clat de rire g?n?ral. La BMW S?rie 3 Coup? flambant neuf de Mounir pr?c?dait d'? peine quelques minutes la voiture de Hicham. Pourtant, on ne la reverra plus avant Skhirat. Mounir aime la vitesse. Il s'est vant? plus t?t dans la soir?e d?avoir effectu? le trajet Rabat-Casablanca en moins de 30 minutes chrono, ? une moyenne de 200 kilom?tres ? l'heure : ?C'?tait de nuit sur l'autoroute. Aucun danger?. Certes. Une autre fois, les gendarmes l'ont piqu?, alors qu'il roulait ? tombeau ouvert. Arr?t? pour exc?s de vitesse, il est reparti sans avoir ?t? verbalis?. Soit. La discussion d?rive sur Marock, de Le?la Marrakchi. ?Le film est exag?r?. On ?tait beaucoup plus na?f ? cette ?poque?, souligne Hicham. ?Il y avait de la coke en soir?e, mais les plus ?g?s nous d?conseillaient d'en prendre?, surench?rit Kenza. Cela a bien chang? depuis, la poudre blanche circule ? foison dans les soir?es priv?es de la jeunesse dor?e.

?Aujourd'hui, tu peux emballer une nana avec un gramme de coke, explique Hicham. Entre eux, dans l'intimit?, les gens se rel?chent plus facilement. Et ?a part vite en vrille?. Certains ?l?ments ?minents de la jeunesse dor?e se sont m?me mis ? dealer pour rendre service ? leurs amis (et se faire un peu d'argent de poche au passage). L'un d'entre eux a ?t? arr?t? et purge ? l'heure actuelle sa peine de prison. On papillonne d'un sujet ? l'autre, puis on se remet ? causer cin?ma : ?Tu le trouves exag?r? Marock ? Moi, j'ai souvenir que les juifs ?taient comme dans le film : arrogants?, soutient Kenza. Fin de la critique cin?matographique, d?but du cours de g?n?alogie. Kenza est une ch'rifa et en tire fiert?. Elle sait qu'elle a un rang ? tenir en tant que membre de ?l'organisation primitive du pouvoir?, pour reprendre l'expression de Ali Benhaddou dans Les Elites du royaume (2000, ?ditions L'Harmattan). Elle a encore certains tics de ?primitifs du pouvoir?. ?Avant chaque examen, je faisais un p?lerinage au mausol?e de Moulay Driss ? F?s pour obtenir sa baraka?, se souvient-elle. Aristocrate du Maroc, elle regarde de haut les nouveaux riches casablancais, la composante laborieuse de l'?lite du royaume. ?Une copine me racontait, morte de rire, comment elle s'?tait fait aborder par un type en bo?te. Il a voulu jouer sur son nom et lui a d?clar? : tu ne me connais pas ? Je suis le fils d'untel?, raconte Hicham, ?galement ch'rif. L'untel en question ?tait un industriel casablancais, entr? en politique. Un tr?s gros h?ritage attend son cher fils, mais ce dernier ne ma?trise toujours pas les codes du milieu. Il est d?class? d'annoncer son nom. Chez ces gens-l?, on se pr?sente par son pr?nom. Et ? m?pris, m?pris et demi. Arc-bout?e sur les structures politiques du pouvoir, la jeunesse dor?e r'batie d?daigne son pendant casablancais, qui s'est enrichi dans les affaires. ?Ils sont snobs et ne savent pas faire la f?te?, se plaint Hicham. Mais peu importe ces bisbilles entre ?lites du Maroc utile. Au jeu des sept familles, ?tre le fils d'une personnalit? politique ou d'un grand industriel vous donne droit aux m?mes privil?ges. Ainsi, l'?t? dernier ? Kabila, l'apr?s-midi bien entam?e, une dizaine de jeunes, ? peine remis de leurs ?motions de la veille, se retrouvent dans un restaurant ? la mode, le Chiringuito, pour casser la cro?te. L'endroit est plein ? craquer et la file d'attente longue comme un jour de ramadan. Pourtant, nos l?ve-tard ont droit ? une table sur le champ. ?Ils ont r?serv??, r?pond-on aux clients indign?s. Il faut dire qu'? cette table, o? plats raffin?s c?toyaient vin et champagne de qualit?, s'?taient install?es deux filles de ministres, dont un de souverainet?.

Night clubbing ? gogo
1h00 du matin, le parking du Platinium est archi-comble, l'entr?e du club congestionn?e. Pas de soucis. ?On est sept?, crie Hicham au responsable des entr?es. Ce dernier ouvre le passage ? la confr?rie, sous les yeux envieux de la horde de jeunes bloqu?s derri?re les grilles. Le pr?pos? au filtrage conna?t bien les membres du groupe. Ancien co-g?rant du Pulp, la bo?te la plus hype de Casa, il les a souvent accueillis jusqu'au bout de la nuit. ? l'int?rieur, le m?me traitement aux petits oignons attend la bande ? Hicham. On leur a r?serv? les meilleures tables dans le coin VIP. ?Le carr? VIP, c'est tout un symbole?, souligne Hicham. Le groupe honore le symbole en commandant bouteilles de vodka, whisky et champagne. La facture sera en cons?quence ? la fin de la soir?e : plus de 20 000 dirhams. ?? l'ouverture du Platinium, le DJ se trouvait juste au-dessus des tables o? ils ont choisi de s'installer. L'emplacement n'a jamais ?t? d?cr?t? espace r?serv?. C'est eux qui en ont fait un coin VIP?, signale le g?rant de la bo?te. La raison ? Le d?sir de s'isoler des autres, bien entendu. Mais aussi un effet de mode : ?Depuis deux ans, on s'int?resse au DJing. Beaucoup ont achet? des tables de mixage et invitent des DJs pour animer leurs soir?es?, confie Hicham. Pourtant, ? part Driss, v?ritable mordu d'?lectro, personne ne semble pr?ter attention ? la musique.

On dansouille vaguement, les va-et- vient entre la table et les toilettes se font de plus en plus fr?quents. ?Ils n'ont pas une si petite vessie que ?a tout de m?me !?, s'?tonne un homme qui observe, du coin de l'?il, le groupe faisant la f?te. Coke, ecstasy (le Rolex fait fureur), tout se passe aux toilettes. Hicham se fait offrir un verre au bar par une des filles du groupe. Il en revient tout retourn? : ?C'est la femme de ma vie, elle m'a pay? un verre. Elle est pas comme ces garces ? qui il faut poser une bouteille !?. Jugement h?tif ? Pas selon la logique de Hicham : ?Je vois souvent ces filles en bo?te. Elles ne sont jamais avec les m?mes mecs et ils sont toujours plus ?g?s qu'elles?. Effectivement, le lendemain, on pouvait croiser ces m?mes filles au Pulp. Elles y avaient ?t? invit?es par un autre groupe d'amis. Mais pour l'heure, la Barbie aux gros seins est l'objet de toutes les attentions. ?Comment tu g?res toutes ces avances ??, lui demande l'un d'entre eux. ?Je g?re, c'est tout?, minaude-t-elle en haussant les ?paules. Elle est bient?t concurrenc?e par l'arriv?e de Kamal, 25 ans, un ami de la clique. On le salue chaleureusement. Kamal est un sp?cimen ?minent : il vient de rentrer de Suisse o? il a fait des ?tudes d'h?tellerie. Bient?t il prendra la direction d'un h?tel 5 ?toiles que son p?re construit ? Marrakech. ? la sortie de la bo?te, Kenza s'en prend au pr?pos? au vestiaire. Elle a ?gar? son jeton et ne peut pas r?cup?rer son sac ? main : ?Tu me le donnes tout de suite ou je fous le bordel dans la bo?te !?, menace-t-elle. ? force de vocif?rer, elle finit par se faire ob?ir. Le reste du groupe commence ? s'ennuyer. Il d?cide de lever le camp aussi, direction la villa des parents de Najib ? Bouznika. C'est l? qu'aura lieu l'after, moment o? tous les exc?s deviennent possibles. Hicham, quant ? lui, pr?f?re rentrer ? Casablanca avec la femme de sa vie. Papa est en voyages d'affaires, maman seule ? la maison, rien n'urge pour elle. Une heure plus tard, le couple improvis? est arriv? ? bon port. Devant l'entr?e de son immeuble, Hicham, pas mal imbib?, fait du gringue ? sa dulcin?e tandis que l'appel ? la pri?re du Fajr r?sonne. Un homme passe devant eux en direction de la mosqu?e du quartier. Il ne jette m?me pas un regard au couple. Eux, ne l'ont pas remarqu?. C'est Marock en live. Il est 5 heures, Casa s'?veille. Et Hicham n'a pas sommeil?





Caprices de riches. Parce que je le vaux bien

Les pauvres ne font pas de caprices, la vie est d?j? suffisamment capricieuse avec eux sans en rajouter. Par contre, l'argent qui coule ? flots dans les poches des parents de certains enfants de riches est ? m?me de d?brider leur imagination. Prendre un avion pour un brushing ? Paris ? Pas du tout une toquade. Un petit rien du quotidien qu'on ne se raconte m?me plus.
Par contre, ? Marrakech, il y a deux ans, les frasques d'un fils de grand industriel ont d?fray? la chronique du landernau fortun?. Habitu? ? changer de voiture de sport comme de chemise, l'h?ritier a snob? son propre mariage. Il a quitt? une c?r?monie digne des mille et une nuits au bout de dix minutes? Il faut croire que l'ambiance n'?tait pas ? son go?t. Un autre jour, son p?re l'a surpris dans son salon, en tenue d'Adam et entour? de superbes cr?atures pareillement v?tues. Le nez plong? dans une ligne de coca?ne, le fils ne s'est pas d?mont? un seul instant. La sc?ne lui a m?me inspir? une nouvelle lubie : ?Papa, ach?te-moi le Paradise !? (Ndlr : bo?te de nuit marrakchie), a lanc? ce dernier ? son richissime g?niteur. ?Le p?re a failli s'en ?trangler?, rapporte un habitu? de la jet-set marrakchie. Etre n? avec un service d'argenterie dans la bouche vous donne les moyens de toutes vos envies. C'est en tout cas la philosophie d'un riche h?ritier casablancais. ? la mort de son p?re, grand propri?taire terrien et patron d'industrie, il s'est retrouv? joliment dot? de quelques milliards de centimes. De quoi donner corps ? toutes ses envies passag?res. Au lieu de faire fructifier le capital familial, l'h?ritier a d?cid? de faire la bringue jusqu'? ce que ?bourse morte? s'en suive. Il avait notamment pour habitude de louer des bo?tes de nuit enti?res pour son seul usage personnel. ?Vous faites combien en chiffre d'affaires ? 100 000 dirhams ? 150 000 dirhams ? Je vous offre le double, mais vous videz la bo?te imm?diatement !?. Chose dite, chose faite, jusqu'au jour o? il n'eut plus les moyens de ses fantaisies : elles avaient fini par le ruiner.
Alors que l'ex-riche h?ritier jouait ? l'?mir p?trodollar, d'autres d?couvraient les joies simples du derb : se saouler entre potes dans la rue. La veille de l'A?d El K?bir, deux filles du s?rail r'bati ont d?cid? de se d?tendre sur le parking d'un h?tel 5 ?toiles de Rabat, ? grands coups de verre de vodka. Coups de fil aux potes qui passent des coups de fil aux potes. Elles partirent ? deux, mais par un prompt renfort, elles se virent vingt en arrivant ? bon port : des fils d'anciens ministres et de gouverneurs, ainsi que des enfants de hauts grad?s de l'arm?e les avaient rejointes. Une estafette de police tombe sur la nouba improvis?e sur le parking. La mar?chauss?e reconna?t des visages et des noms familiers. Elle se montre tr?s polie. La clique est toute aussi courtoise avec la mar?chauss?e : elle lui fait de grands sourires de Dracula, ? l'aide de faux dentiers en friandises, ramen?s par un copain des Etats-Unis. La bande se voit offrir par la direction de l'h?tel une suite (et quelques bouteilles de vodkas) afin que tout ce beau monde s'amuse avec plus de discr?tion. Moins d'une heure plus tard, la troupe redescendait de la suite. Tout compte fait, ?a le ?faisait? plus sur le parking. Ils l'ont donc r?investi. ?C'est sp?cial de se saouler dans la rue : il y a l'interdit?, confie une initi?e au posage improvis?. L'interdit, et un pas mal d'impunit? aussi.






Politique. La Siyassa, ?a rouille la dorure

?La politique n'int?resse pas la jeunesse dor?e, car elle ne change rien ? son quotidien. Tant qu'ils ont papa pour leur payer un voyage ? Paris une fois par mois??, constate, pas dupe, Kenza, 28 ans, fille d'un haut grad? de l'arm?e et sp?cimen de la nomenklatura r'batie. Toujours selon la jeune fille, les seuls privil?gi?s de son entourage ? s'int?resser ? la chose politique sont des fils de parlementaires, qui l'envisagent comme un simple ?moyen d'ascension sociale?. ?C'est le cas d'un de mes amis. Haut fonctionnaire dans un minist?re, il a adh?r? ? une formation politique pour booster sa carri?re?, confie-t-elle. Les autres d?nigrent les partis politiques et vilipendent leur malhonn?tet? en des termes qui ne d?tonneraient pas dans la bouche d'un dipl?m? ch?meur. En r?sum? : tous pourris, tous inefficaces. Ce jugement ? l'emporte-pi?ce est sans nuance, mais a au moins le m?rite d'exister. C'est presque une opinion structur?e, compar?e au haussement d'?paule et aux yeux ronds de Mourad quand on lui parle des ?lections de 2007. ?Tout ?a, ?a me gonfle !?, d?clare ce membre de la bourgeoisie casablancaise. Presque trentenaire, il est moins au fait des enjeux de l'?ch?ance ?lectorale que ses cong?n?res r'batis, qui baignent dans les structures de d?cision par h?ritage familial. Invit? ? une s?ance de brainstorming de 2007 Daba, Mourad est ressorti de la r?union de sensibilisation politiquement immacul?, bien camp? sur son unique id?e : ??a m'a gonfl? !?. Narjisse, quant ? elle, s'est r?veill?e de son doux sommeil dor? un jour o? elle essayait une paire de lunettes au magasin Alain Afflelou, sis au Mega Mall de Rabat. Dans cet antre du luxe, ?un jeune barbu est entr?. Il voulait aussi des lunettes, mais a refus? que la vendeuse lui ausculte les yeux. Il pensait que c'?tait haram. En sortant, il m'a bouscul?e. Pas tr?s rassur?e, c'est moi qui me suis excus?e en darija. Il m'a jet? un regard noir en me balan?ant ? la face : 'hamdoullah, il y a encore des gens qui parlent en arabe !'?. Suite ? cette rencontre du troisi?me type, Narjiss a d?cid? d'adh?rer ? un parti politique pour barrer la route au PJD. ?Je me suis rendue au si?ge de l'USFP, mais ? la porte, le vigile a ?t? incapable de m'informer sur les formalit?s d'adh?sion. J'avais vraiment le sentiment de le d?ranger?. Et comble de l'ironie, c'est le PJD qui a failli recruter cette dipl?m?e d'Al Akhawayn pour enrichir son vivier de cadres de haut niveau. ?Ils sont venus voir mon p?re pour lui demander de les rejoindre. Devant son refus, ils lui ont d?clar? : et pourquoi pas votre fille ??. Elle n'a pas rejoint les rangs des fans de Sa?deddine El Othmani, mais a tout de m?me ?admir? cette capacit? ? aller d?marcher directement les adh?rents potentiels?, confie-t-elle. La peur du PJD envahit-elle la jeunesse privil?gi?e casablancaise aussi ? Oui, ? en croire Meryem, 27 ans, designer, fille de la caste d'Anfa sup?rieur. ?Ils sont arriv?s en t?te aux derni?res ?lections dans mon quartier, car nous n'avons pas ?t? voter?, analyse-t-elle, son verre de vodka-Red Bull ? la main, en bo?te de nuit. Bien d?cid?e ? faire entendre sa voix, elle ne sait pas encore pour quelle formation politique marocaine elle votera? parce qu'elle n'en conna?t aucune. ?Le d?bat entre Sarkozy et S?gol?ne Royal m'int?resse davantage. Cela s'ins?re plus dans ma culture?, se justifie Meryem, ? la conscience politique berc?e par les cha?nes fran?aises. Puis elle met fin ? l'?change d'id?es d'une pirouette : ?C'est un sujet trop s?rieux, il m'a dessaoul??. Toutes nos excuses, mademoiselle?






Shopping. Luxe, d?cibels et volupt?

?La jeunesse dor?e est un milieu hype et fashion addicted?, analyse Fay?al Idrissi Ka?touni, cr?ateur du magazine Clubbers, qu'il lance en mars prochain. Venue ?tancher la soif de branchitude qui habite la caste argent?e, cette revue est un pot-pourri des produits qu'elle consomme : ?Ce sont des ?picuriens qui ont les moyens?, signale Idrissi Ka?touni. En effet, le plaisir et le luxe sont les seuls points communs d'un inventaire ? la Pr?vert, qui ?gr?nera la derni?re montre Hublot ou Breitling qui ?fait bien?, le costume Hugo Boss ? 8 000 dirhams pi?ce, le resto o? il faut ?tre vu (la mode est au ?fooding? japonais), le week-end tendance entre potes (Barcelone a la cote). Sans oublier la salle de sport et le spa o? ?liminer les toxines accumul?es apr?s la vir?e espagnole : ?Le Plazza et le Tahiti ont leur faveur. Ils y vont habill?s comme pour une sortie en bo?te?, rench?rit Idrissi Ka?touni. Clubbers sera en somme une nouvelle vitrine sur papier glac? (Apr?s Tendances &Shopping, Version Homme, etc.) des marques c?l?bres qui ont pris d'assaut, depuis quelques ann?es, le triangle d'or casablancais, Rabat et Marrakech. La demande ?tait l?, l'offre a fini par suivre. ?Plus besoin d'aller ? l'?tranger pour renouveler sa garde-robe?, constate d'ailleurs Imane. Elle pense s'offrir un petit Vuitton ? 5 500 dirhams dans le magasin de la griffe de luxe, ouvert l'ann?e derni?re au Hyatt Regency de Casablanca. ?Louis Vuitton s'est install? un premier temps ? la Mamounia, en ciblant une client?le ?trang?re. Mais ce sont les Casablancais qui se sont retrouv?s ? faire le chiffre d'affaires du magasin?, explique Khadija Mekouar de l'Observatoire de la franchise. Les adeptes de Diesel, Von Dutch et Marith?&Fran?ois Girbaud, n'ont plus besoin aussi de prendre un aller-retour pour Paris. Ils sont d?sormais servis sur un plateau par des membres de leur confr?rie. ?Ce sont des leaders d'opinion qui sortent beaucoup. Ils sont capables de percevoir la demande des milieux branch?s?, analyse Khadija Mekouar. ? l'image de Dan et Jonathan, enfants d'une famille ayant fait fortune dans le textile, qui ont introduit au Maroc la marque de v?tements Diesel en 2002. Le duo d'entrepreneurs conna?t bien le monde de la nuit. Il y a peu, ne d?clarait-il pas au magazine branch? marocain In & Out ?tre fourr? toute la semaine au G-Sound (le lounge casablancais o? il faut ?tre vu) ? Du c?t? de Rabat, on est tout aussi show-off, mais les emplettes se font plus discr?tement. C'est ainsi que des filles de ?bonne famille? se sont lanc?es dans un business tr?s lucratif. Elles reviennent de leur shopping ? New York, Londres ou Paris, avec un exc?dent de bagages : des fringues griff?es qu'elles refourguent dans des studios am?nag?s en salons d'essayage. On est entre le magasin coquet et le salon de th? : ?On vient y tuer un apr?s-midi en prenant le caf?. C'est confortable, intime et on a le petit conseil en plus?, raconte Ghita, une habitu?e de ces Tupperware de prestige. Cette derni?re peut d?penser jusqu'? 8 000 dirhams par jour en fringues quand papa a ?t? g?n?reux en argent de poche. Et quand on aime, on ne compte pas. M?me quand il s'agit de grosses cylindr?es. ?Un tiers des voitures que nous vendons sont des cadeaux faits ? des jeunes par leurs parents?, explique Lo?c Roix, directeur commercial de l'importateur des marques Porsche et Audi. Chez la SMEIA, un autre concessionnaire automobile, on affirme que 40% des BMW S?rie 1 et des Mini vendues sont offertes par leur acheteur. Cela doit faire cher, en papier cadeau?






? Rabat. Pedigree correct exig?

Pass? 25 ans, les privil?gi?s r'batis oublient le bruit et la fureur des bo?tes de nuit pour se retrouver entre amis dans des soir?es o? l'intimit? prime. Le c?r?monial r?pond toujours aux m?mes r?gles. L'h?te appelle ses amis, leur annonce le menu servi par le traiteur (Bensa?d, dans la majorit? des cas) et le nom du groupe de musique charg? d'animer la soir?e. ?C'est une ambiance cosy, tr?s piano bar?, confie Meryem, une habitu?e de ces soir?es. Organis?s dans des villas, ces raouts r?unissent une trentaine de happy few issus des forces vives de l'establishment. ?Il y a trois ou quatre groupes de la sorte ? Rabat. On n'y retrouve jamais aucun ?tranger, pr?cise Meryem. Si je d?sire inviter une personne inconnue des autres, je dois imp?rativement les en informer?. L'fercha n'est d?finitivement pas le genre de la maison Rabat et explique ce petit c?t? secte, habit? par la peur du qu'en dira-t-on, tr?s forte dans ce milieu d'enfants d'officiels. ?Vous n'y verrez jamais quelqu'un prendre de la coke en public. On s'isole dans la salle de bains ou dans une chambre si l'on d?sire se faire un rail?, ajoute Meryem. Cette retenue n'est pas du go?t de leurs semblables casablancais, davantage m'as-tu-vu. ?On ?vite les sauvages de Casa. Ils boivent trop et ne savent pas se tenir?, explique Meryem. Une fois entre eux, le club r'bati au sang bleu peut sortir ses maillots de bain pour des soir?es piscine, ou bien encore prendre des bains de minuit dans leurs villas ?secondaires?, en bordure de plage. ?Les gens se marient dans la clique. Quand ils divorcent, on est confront? ? des choix corn?liens. Si on invite l'un, on ne peut pas inviter l'autre?, fait remarquer Meryem. ? part ces exclusions temporaires, le groupe vit dans une autarcie quasi totale. Cependant, quelques nouveaux riches de Rabat ont r?ussi ? p?n?trer le s?rail. Adoub? par la clique de Meryem, l'un d'entre eux leur en a mis plein la vue. Son p?re lui a construit une patinoire ? domicile, o? tout le monde a pu troquer son bikini pour des patins ? glace. L'argent serait-il un passe-partout ?

source:telquel

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