Trois p?res de familles casablancais se faisaient passer pour des policiers. Ils accusaient leurs victimes d?h?berger des membres de la Salafia Jihadya.
Nous sommes dans la r?gion de Loudaya situ?e au point kilom?trique 22 de la route nationale n? 8 reliant Marrakech ? Agadir. Abdelaziz est un fellah qui est n? et a grandi dans ce terroir r?put? pour son festival annuel du raisin. Ce jour-l?, il avait rendez-vous avec deux commer?ants dans un petit restaurant de la r?gion. Des hommes avec lesquels il est en affaire depuis longtemps et qu?il conna?t fort bien. L?objet de leur rencontre : solder le compte d?une transaction commerciale portant sur un chargement de l?gumes. Apr?s avoir ?coul? la totalit? de la marchandise, ils lui avaient fix? rendez-vous pour le payer et, profiter de l?occasion, pour parler commerce. En s?attablant, ils ne firent donc pas attention aux trois hommes qui ?taient ? c?t? et qui portaient tous des costumes et des cravates bleu nuit, des chemises bleu ciel, des chaussures noires et des lunettes de la m?me couleur. M?me la Clio qu?ils avaient gar?e ? l?entr?e du restaurant ?tait noire. Occup? ? discuter sur les prix, il n?a pas remarqu? que ces dr?les de voisins semblaient s?int?resser outre mesure ? ses compagnons : deux barbus que l?on croirait fra?chement d?barqu?s d?Afghanistan. A preuve, les hommes en noir ne les quittaient pas des yeux. Quand il a re?u de l?argent des mains de l?un de ses compagnons de table, il les vit discuter longuement en le d?signant du doigt. Le connaissaient-ils ? Il a eu beau fouiller dans ses souvenirs, il n?en a aucune souvenance. Ceci d?autant plus qu?ils n?avaient pas l?air d??tre vers?s dans le commerce des l?gumes. Alors que cherchaient-ils ? Il ne tardera pas ? le savoir. Une fois qu?il a quitt? le restaurant, il les vit h?ler le gar?on, payer rapidement l?addition et se diriger vers leur voiture. Deux d?entre eux sont mont?s dans la Clio alors que le troisi?me l?a suivi ? pied. Une fois ? sa hauteur, il lui a ordonn? de s?arr?ter. ?Je suis officier de police et je suis l? pour enqu?ter avec toi sur une affaire d?h?bergement de membres de la Salafia Jihadya?, lui a-t-il dit en le sommant de l?accompagner vers la voiture.
Abasourdi, Abdelaziz s?est content? de le fixer sans mot dire et d?obtemp?rer. Que pouvait-il lui r?pondre, lui, qui ne sait de la Salafia Jihadya que ce qu?il en a entendu dire ? la t?l?vision. Tout au plus ?tait-il certain de ne jamais avoir h?berg? un salafiste, ni d?avoir des amis au sein de cette secte, ni d?en avoir rencontr? un seul membre. Tout est brouill? dans ses pens?es qu?il a accompagn? l?homme en noir jusqu?? la Clio. Les deux autres hommes accoutr?s comme leur coll?gue s?y trouvaient. L?un d?eux qui s?est pr?sent? ? lui comme le commissaire, chef de la brigade, lui a demand? de d?voiler tous les noms des salafistes qu?il h?berge chez lui. ?Je suis un commer?ant de l?gumes et je n?h?berge personne chez moi??, lui a-t-il r?pondu. Ce qu?il n?a pas voulu croire puisqu?il a ordonn? qu?il soit fouill?. Le faux policier qui s?en est charg? a vite trouv? la somme de 6500 dirhams que l?un des barbus avec lesquels Abdelaziz est en affaire lui a remise. ?Est-ce la somme que t?a remise l?un des deux barbus qui sont partis chercher les salafistes que tu vas h?berger chez-toi ??, lui a demand? le faux commissaire sur un ton sec. Voyant le pi?ge se refermer sur lui, Abdelaziz a commenc? ? les supplier de croire qu?il n?est pas membre de la Salafia Jihadya et qu?il n?h?berge aucun salafiste chez lui. En guise de r?ponse le soi-disant commissaire a sorti son portable de sa poche avant de composer un num?ro et d?ordonner une descente de police dans le restaurant. Par la suite, le chauffeur de la Clio a d?marr? en informant Abdelaziz qu?ils sera gard? dans les locaux du Ca?dat de Loudaya pour ?tre interrog?. ?Si tu veux coop?rer avec nous on peut t?aider??, lui a-t-il n?anmoins lanc?. Comment doit-il coop?rer avec eux ? N?en pouvant mais, il lui proposa de prendre les 6500 dirhams et de le laisser partir. ?On va voir?, lui a-t-il r?pondu en empochant l?argent. En s?approchant du Ca?dat, il lui a demand? de descendre, ce qu?il a fait avec diligence. Mais en voyant la voiture passer devant le Ca?dat de Loudaya sans s?arr?ter, il a eu un doute : et s?ils n??taient pas de vrais policiers ? Pour en avoir le c?ur net, il s?est empress? vers la brigade de la gendarmerie royale pour raconter son histoire. Apr?s avoir pris acte de sa d?claration, le responsable du poste alerta toutes les brigades de la gendarmerie royale implant?es entre Agadir et Essaouira. Une alerte qui a donn? quelques heures plus tard ses fruits puisque le trio d?escrocs a ?t? appr?hend? par les gendarmes d?Imintanoute. L?enqu?te a r?v?l? qu?ils sont issus tous les trois de Casablanca, qu?ils sont p?res de familles, qu?ils se pr?nomment Boujema?, Khalil et Mohamed et qu?ils sont respectivement ?g?s de cinquante-neuf, cinquante et quarante-huit ans. Mohamed, repris de justice et escroc notoire, est le cerveau de cette bande qui a cibl? au d?part des charlatans, ? Safi, Marrakech, Agadir, Taroudant et Larache. Leurs victimes n?ont pas ?t? choisies au hasard : les charlatans ne peuvent en aucun cas d?poser plainte puisqu?ils se livrent eux-m?mes ? des activit?s ill?gales. Selon l?enqu?te de la gendarmerie, les escrocs ont extorqu? plusieurs centaines de milliers de dirhams ? leurs victimes. Ils circulaient toujours ? bord de voitures de location.
Le faux commissaire et les deux faux officiers de police ont ?t? traduits devant la justice ? Marrakech.
source:aujourdhui.ma