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Tourisme du Maroc

NOS THEMES

Maroc : Soci?t?. O? finit la drague, o? commence le harc?lement ?
Posté par achkoune le 20/12/2006 23:13:35 (1177 lectures) Articles du même auteur

Pour la gent masculine, il ne s'agirait que de ?Nouggane?, simple technique d'approche implicitement sollicit?e par les femmes elles-m?mes. Mais pour ces derni?res, il s'agit bel et bien de harc?lement sexuel sur la voie publique. Mais o? finit le compliment et o? commence l'agression ?


Mine d?faite, regard absent? lorsqu'elle rejoint ses amis sur la terrasse d'un caf? casablancais, Rajae est encore sous le choc. Pourtant, ? force de se r?p?ter, le sc?nario en est devenu d'une banalit? affligeante : des hommes qui l'accostent ? sa sortie du bureau, des inconnus qui la
suivent au pas, lui lan?ant un flot de compliments sur ses rondeurs? suivis aussit?t d'une flop?e d'insultes, lorsqu'elle ne r?pond pas ? leurs ?avances?.

Mais aujourd'hui, Rajae en a eu assez. Elle a enfin franchi le pas. Presque instinctivement, elle est all?e se plaindre aupr?s du premier policier qu'elle a crois? sur son chemin. Entre deux soupirs, elle raconte, les larmes aux yeux : ?Le flic m'a alors regard? de haut en bas, avant de me lancer froidement : si je n'?tais pas en service, je vous aurais ?galement suivie, mademoiselle?. Ce jour-l? pourtant, Rajae ?tait habill?e ?normalement? (une expression qu'elle d?teste), elle venait ? peine de quitter son bureau et rien dans sa mise ne sortait du ?commun?ment admis?, une autre expression qu'elle d?teste.

? force d'entendre raconter des m?saventures de ce genre, Na?ma Benyahya, directrice centrale au secr?tariat d'Etat charg? de la famille et de l'enfance, est ? peine ?mue par les malheurs de Rajae. ?Une femme n'a plus besoin d'?tre belle ou jeune pour se faire harceler dans la rue. Etre femme est d?j? largement suffisant?, explique-t-elle. Ce jour-l?, justement, le d?partement de Yasmina Baddou inaugurait, dans un grand palace de Rabat, la quatri?me campagne nationale de lutte contre la violence ? l'?gard des femmes. Une de plus, direz-vous ? Peut-?tre. Mais la campagne de cette ann?e marque au moins une rupture : pour la premi?re fois, quelques paragraphes sont consacr?s au harc?lement sexuel, dans le cadre d'une loi globale contre le ph?nom?ne de la violence contre les femmes. ?Actuellement, explique Naima Benyahya, les textes qui existent d?finissent uniquement le harc?lement sexuel sur le lieu de travail, mais pas celui subi dans la rue. L'objectif de la r?flexion que nous lan?ons aujourd'hui est justement d'arriver ? une d?finition assez large pour couvrir les d?sagr?ments dont souffrent les femmes ?galement dans l'espace public?. Depuis quelques jours d?j?, un spot t?l? et un message radio passent en boucle sur les ondes et ? la t?l?vision. On y voit une femme poursuivie par un homme partout o? elle va, au march?, dans un taxi ou ? c?t? d'un publiphone. Plut?t soft, le message de la fin a le m?rite d'?tre direct : ?Le harc?lement sexuel d?range. C'est un comportement qui n'est pas convenable?. Objectif avou? : pousser les femmes victimes de harc?lement ? t?moigner et enclencher, ? moyen terme, un r?el d?bat de soci?t?.

Gare aux exc?s !
?L'intention est peut-?tre bonne, mais gare aux exc?s?, s'alarme d?j? Aboubakr Harakat, psychologue et sexologue ? Casablanca. ?Il faudra toujours permettre l'?tablissement d'un contact entre un homme et une femme, m?me s'ils ne se connaissent pas. Du coup, il devient n?cessaire de r?pondre ? une question essentielle : o? s'arr?te la drague et o? commence le harc?lement ??, s'interroge-t-il. Mine de rien, le psychologue pose une sacr?e colle aux juristes de Yasmina

Baddou. Selon une ?tude men?e par un groupe de jeunes militantes de l'ADFM (Association d?mocratique des femmes du Maroc), la perception du harc?lement sexuel varie selon les interview?es, m?me si 76% d'entre elles disent en souffrir au quotidien. ?De nombreuses femmes parlent de 'bsala' (incorrection) ou de 'dsara' (insolence). Une grande majorit? croit que le harc?lement est obligatoirement li? ? l'usage de la violence par exemple?, explique Houda Bouzit, qui a men? l'enqu?te. Les r?sultats d'un autre sondage, publi? sur le site Internet de l'ADFM, montrent que 33% des participants (essentiellement des hommes) consid?rent le harc?lement sexuel comme ?un comportement normal?. La moiti? l'?l?ve m?me au rang ?d'?loge fait ? la femme??

Au bout de deux mois d'enqu?te, Houda Bouzit et son groupe de travail sont quand m?me arriv?s ? une d?finition plut?t consensuelle : le harc?lement d?marre au moment o? la femme refuse, verbalement ou en l'ignorant, l'avance qui lui est faite. Le probl?me, ajoute Houda Bouzit, ?c'est que le Marocain refuse de comprendre qu'un non signifie r?ellement un refus cat?gorique?.

Aujourd'hui, le harc?lement, tel que d?fini par le groupe de travail de l'ADFM, n'?pargne plus personne. Filles, femmes ?g?es, voil?es ou l?g?rement v?tues? toutes y passent ou presque. ?M?me quand ma m?re nous accompagne, nous n'?chappons pas aux regards et aux mots blessants. Souvent, elle-m?me, pourtant bient?t sexag?naire, a aussi droit ? son lot d'insinuations sexuelles, sp?cialement adapt?es pour elle?, raconte cette jeune Casablancaise.

?? la limite, affirme Houda Bouzit, il n'y a m?me pas besoin de mener une enqu?te ou une ?tude scientifique. Amusez-vous juste ? compter les hommes qui se retournent au passage des femmes qui traversent un grand carrefour, des voitures qui 'rasent' les trottoirs des quartiers marchands, des groupes de jeunes qui draguent tout ce qui bouge, et vous vous rendrez compte de l'ampleur du ph?nom?ne?. ? tel point qu'aujourd'hui, des r?seaux regroupant des associations f?ministes et de droits de l'homme se sont constitu?s pour lutter contre ce nouveau genre d'atteinte aux ?libert?s individuelles?. ?On a de plus en plus l'impression que la femme n'a pas droit ? l'espace public, qu'il y a atteinte ? sa libert? de circulation. C'est une question d'?ducation, mais aussi d'impunit?. Un homme sait qu'il ne risque absolument rien en s'attaquant verbalement ? une inconnue qui passe. Pourquoi se priverait-il, d?s lors, de ce passe-temps amusant et viril?, s'interroge Rab?a Naciri, pr?sidente de l'ADFM.

? ce jour, seuls deux textes de loi sont arrach?s, de haute lutte, par le mouvement f?ministe marocain. Le premier, un article r?vis? du Code p?nal, punit ?l'abus d'autorit? dans le but d'obtenir des faveurs sexuelles?. Le deuxi?me, inclus dans le Code du travail, consid?re le harc?lement sexuel comme ?une faute professionnelle grave?. ?L'entreprise est un milieu ferm? et quelque part ma?tris?, o? le harceleur est une personne connue. Dans la rue, on a affaire ? un parfait inconnu. Prouver l'acte de harc?lement et identifier le coupable devient alors tr?s complexe?, avoue cette avocate au barreau de Rabat.

Le pr?judice est pourtant r?el. Les patientes de cette psychologue casablancaise mettent le harc?lement sexuel dans la case des blessures profondes. ?La femme sent que son corps est chaque jour l'objet d'humiliations. Cela peut donner lieu, dans certains cas, ? des relations difficiles avec les hommes, voire avec son propre corps?, affirme la th?rapeute.

Harc?lement instinctif
Pourtant, et aussi ?trange que cela puisse para?tre, la grande majorit? des dragueurs - harceleurs n'esp?rent souvent rien obtenir des femmes qu'ils croisent sur leur chemin. Pour beaucoup, aborder une femme est m?me devenu un r?flexe. ?Parfois, je me rends ? peine compte de ce que je dis. Il m'arrive de parler ? des femmes qui ont l'?ge de ma m?re et de le regretter la seconde qui suit?, avoue Amine, 29 ans. Sa?d, lui, estime que c'est plus une question d'habitude. ?Quand on est en groupe, il m'arrive de lancer un mot ou deux ? la fille qui passe, et de reprendre la discussion imm?diatement apr?s. C'est une habitude, ?a casse la monotonie d'une sortie entre mecs. ? la limite, je croise les doigts pour que la fille ne se retourne pas, parce que je n'ai absolument rien ? lui dire?.

Pire, m?me quand la drague se transforme en course-poursuite, l'objectif n'est pas toujours celui qu'on croit. ?Cela faisait plus d'un quart d'heure qu'il me suivait au pas, raconte Imane, jeune Casablancaise de 22 ans. Il d?bitait un incroyable flot de mots et d'expressions obsc?nes. Je ne sais pas ce qui m'a prise, mais ? un moment, je me suis retourn?e et tout sourire, je lui ai dit : c'est d'accord, tu me plais et j'ai terriblement envie de toi. Tu as un appartement o? l'on pourrait aller ??. Interloqu?, l'inconnu s'est alors confondu en excuses, avant de changer de trottoir.

?Il y a l? un m?lange complexe de machisme et de clanisme. Nous sommes encore dans le rejet inconscient de l'envahissement de l'espace public par la femme?, affirme Aboubakr Harakat. Un ?envahissement? rapide qui a commenc? ? l'?cole, puis ? l'universit?, sur le lieu de travail et qui atteint aujourd'hui les terrasses de caf? et les clubs de loisirs. ?En apparence, tout le monde semble accepter cette mixit? publique. Mais en r?alit?, affirme un sociologue, elle d?range beaucoup d'hommes et m?me des femmes, qui restent farouchement attach?s ? une conception traditionaliste du r?le de la femme dans la vie de tous les jours?. Sinon, comment expliquer des expressions largement r?pandues comme ?zanka ?mra ou diour khawyine?, litt?ralement : la rue est pleine de femmes, et les maisons sont d?sertes. Finalement, conclut Rab?a Naciri, ?l'espace public n'est pas r?ellement mixte. De nombreuses femmes ne font que le traverser. Souvent en pressant le pas, et t?te baiss?e. Comme si elles s'excusaient d'?tre dans la rue?. La militante f?ministe ne croit pas si bien dire. Dans l'imaginaire collectif, explique Harakat, ?la femme devient une propri?t? publique d?s qu'elle met le pied dehors, sans ?tre accompagn?e?. La preuve, on ?matera? peut-?tre une femme accompagn?e de son mari, fr?re ou ami, mais on osera rarement lui parler ou lui lancer des commentaires peu am?nes. Elle devient alors une ?propri?t? priv?e?. ?Des fois, le simple fait d'?tre accompagn?e de mon petit fr?re m'?pargne les mots vulgaires, affirme Asmae, la trentaine. C'est ? croire que les hommes ont plus de respect pour l'adolescent de 13 ans qui m'accompagne, que pour la femme que je suis?.

Vous avez dit harc?lement ?
Du c?t? de la gent masculine, beaucoup s'offusquent du terme ?harc?lement?, arguant que le sexe faible serait plut?t demandeur de ce genre de ?compliments?. Premier incrimin? : le mode vestimentaire f?minin. Entre les ?petits hauts? qui portent bien leur nom et les ?taille basse? qui d?voilent quelques courbes f?minines, nos hommes disent ne plus savoir o? donner de la t?te. ?Voyez comment elles s'habillent, comment elles se dandinent. Elles nous provoquent et nous ne pouvons pas r?sister. Un homme est faible devant une femme qui le tente?, a r?cemment laiss? ?chapper un auditeur sur une ?mission de grande ?coute ? la radio. Siham, jeune cadre dans une entreprise de sondages, estime qu'il est m?me ?dangereux de s'habiller comme on veut lorsqu'on marche dans la rue. Il suffit qu'on d?voile une ?paule ou qu'on mette des couleurs vives pour que des insultes pleuvent de toute part. M?me les personnes ?g?es s'y mettent, sous pr?texte que notre mode vestimentaire n'est pas conforme aux pr?ceptes religieux. ? ce moment, ce n'est plus une personne qui te harc?le, mais une soci?t? tout enti?re. Une fois, j'ai m?me ?t? bouscul?e par un inconnu en me faisant traiter de p?, parce que je mettais des bas r?sille qui lui ont fait perdre la t?te?. ?tonnant ? Pas vraiment. Selon les chiffres tr?s officiels du Haut commissariat au plan, seuls 20% des Marocains reconnaissent ? la femme la libert? de s'habiller en public comme elle veut, alors que les moyennes flirtent avec les 70%, d?s qu'il s'agit de son droit ? l'?ducation ou au travail. Encore une schizophr?nie marocaine? ?Posez la question ? toutes ces filles qui portent le voile aujourd'hui. Beaucoup vous diront que c'est une mani?re d'avoir la paix, de sortir tranquillement dans la rue?, s'?nerve Rab?a Naciri. Plus vraiment?

Cela fait maintenant dix ans que Zineb met le voile, plus par conviction religieuse qu'autre chose. Elle parle donc en connaissance de cause : ?Cela a beaucoup chang?. Au d?but, un simple regard d'une fille voil?e suffisait ? dissuader le plus hardi des dragueurs. Aujourd'hui, le voile s'est banalis? et un autre voile, plus coquet, est apparu, faisant de plus en plus fantasmer les hommes. Ils disent souvent qu'il y a toujours quelque chose ? d?couvrir avec une voil?e, que c'est plus int?ressant que ces bouts de chair qui remplissent les rues et les caf?s?. Depuis bient?t cinq ans, Zineb a donc un succ?s aussi involontaire que grandissant aupr?s de la gent masculine. Derni?re m?saventure en date : sa visite chez un ORL casablancais. Le m?decin, un quadra ?tr?s bien comme il faut?, est mari? et p?re de deux enfants. ?Pour qu'il puisse ausculter mon oreille malade, j'avais enlev? une partie de mon voile. Il s'est imm?diatement mis ? me complimenter? sur mes jolies oreilles. Ridicule. Pire, vu que mon num?ro de t?l?phone ?tait mentionn? sur mon dossier m?dical, il n'a pas arr?t? de m'appeler ? des heures impossibles, malgr? mon refus explicite et d?finitif ? ses avances?. Aujourd'hui, seule une mounaqaba (qui porte le niqab, voile int?gral) peut esp?rer avoir la paix dans la rue. Au moins jusqu'? nouvel ordre?

Les enfants, aussi?
En fait, la pratique du harc?lement dans les lieux publics s'apprend tr?s t?t. Souvent, cela commence, pour un gar?on, d?s l'?cole primaire, aux premiers contacts avec la rue. Celui qui ne lance pas des mots aux filles qu'il croise passe alors pour un looser, une mauviette. Au regard de ses copains de jeu, ce n'est m?me pas un homme. Tr?s t?t ?galement, une fille apprend qu'elle doit cacher son corps et dissimuler ses appas naissants. ?Quand j'ai vu que ma fille de 12 ans commen?ait ? attirer les regards dans la rue, qu'elle me racontait que des inconnus l'accostaient ou lui faisaient des propositions bizarres, je me suis mise, malgr? moi, ? lui demander de mettre des v?tements moins courts, moins fantaisistes. J'avais peur pour son int?grit? physique?, raconte Fatiha, m?re d'une jeune adolescente de Rabat. ?Le pire, poursuit-elle, c'est que je ne pouvais rien lui recommander. Ignorer l'agression dont elle est victime, r?pondre, s'arr?ter, tracer son chemin, se plaindre? je ne sais toujours pas qu'elle est la meilleure attitude ? adopter?.

Plusieurs autres femmes, de diff?rents ?ges et de diff?rents milieux sociaux, sont dans le m?me embarras que Fatiha. Faut-il r?pondre syst?matiquement ? toutes les attaques ? Ou mieux vaut-il, au contraire, les ignorer ? Il n'existe, selon les sp?cialistes qui se sont pench?s sur la question, aucune recette-miracle. Tout se d?cide sur le champ, et souvent ? la t?te du client. Safia se souvient encore du jour o?, exc?d?e, elle s'est retourn?e vers son harceleur du jour et lui a lanc? : ?Ce que vous faites est interdit. Venez avec moi au poste si vous ?tes r?ellement un homme?. Calmement, le monsieur lui a souri avant de lui r?pondre : ?Je vous suis o? vous voulez madame, mais je pr?f?re qu'on aille chez vous?. Safia a peut-?tre eu de la chance sur ce coup, mais bien des fois, la r?action d'une femme peut donner lieu ? une v?ritable agression, physique ou verbale. ?Dans la t?te d'un homme, suivre une femme, c'est lui accorder de son temps et de sa virilit?. Quand elle le repousse, il le prend comme une insulte. Et une fois sur deux, il se venge sur elle?, explique Harakat. La belle ghzala (gazelle) se transforme alors en repoussante qouqa (?quivalent de boudin), voire en sale p? dont personne ne voudrait. En cas de nouvelle r?action de la fille, certains hommes en viennent facilement aux mains pour ??duquer cette fille d?prav?e?, disent-ils.

R?sultat : pour fuir ce milieu d?finitivement hostile qu'est la rue, beaucoup de femmes minimisent au maximum leurs d?placements quand elles sont seules ou ? pied. Celles qui en ont les moyens trouvent refuge dans leur voiture, pr?sent?e tour ? tour comme une bulle, un cocon, voire une armure. ?Depuis que j'ai ma voiture, affirme Maria, j'ai l'impression que le harc?lement sexuel n'existe plus. C'est magique?. D'autres femmes, moins ais?es, pr?f?rent les sorties en groupe. ?Un homme seul aura beaucoup de mal ? s'attaquer ? un groupe de filles, qui risquent de le ridiculiser ? coups de chuchotements et d'?clats de rire. En groupe, nous sommes m?me assez fortes pour nous amuser ? draguer des gar?ons. Mais cela ne vire jamais au harc?lement?, ironise Fadwa, 29 ans.

Finalement, explique Aboubakr Harakat, ?parler de harc?lement sexuel dans l'espace public est une excellente chose. Il faut maintenant un grand d?bat national, un m?ga-sondage qui nous permette de sortir la d?finition la plus consensuelle du harc?lement sexuel. C'est ? travers des d?marches de ce genre qu'on arrivera ? une r?conciliation n?cessaire entre les deux sexes?. En attendant, le groupe de jeunes de l'ADFM, qui a men? l'enqu?te sur le harc?lement sexuel, a ?dit? un livret de recommandations pratiques. Un enseignement central se d?gage de ce travail : la femme doit travailler sur elle-m?me de mani?re ? ne pas tomber dans la culpabilisation ou l'auto-d?nigrement. Et pourquoi pas un second livret, qui serait plut?t destin? aux hommes ?



Travail, universit?. Harc?lement ?professionnel?

Pour la seconde fois de son histoire, la justice marocaine juge recevable une plainte pour harc?lement sexuel sur le lieu de travail. L'affaire se passe ? Rabat et oppose deux employ?es d'un grand h?tel de la capitale ? leur sup?rieur. L'accus? ? Un sous-chef cuisinier ?qui continue ? b?n?ficier de tous ses droits en attendant la d?cision de la justice?, a rappel? le directeur de l'h?tel. Depuis quelques ann?es d?j?, le harc?lement sexuel sur le lieu de travail est puni, selon l'article 503-1 du Code p?nal, d'une ? deux ann?es de prison et une amende de 5000 Dhs. Dans le Code du travail, il est consid?r? comme une faute grave pouvant mener au licenciement. ?Le probl?me, affirme Rab?a Naciri, pr?sidente de l'ADFM, c'est que tr?s peu de femmes osent encore en parler, de peur de perdre leur poste ou de se voir interdire d'aller au travail par le mari ou la famille?. ? l'universit?, la situation serait tout aussi alarmante, d'apr?s plusieurs militants associatifs qui d?plorent l'absence de loi r?gissant les relations professeurs - ?tudiants. ?Des professeurs, d?ment identifi?s, continuent ? harceler leurs ?tudiantes lors des examens oraux. Certaines en profitent et beaucoup en font les frais?, affirme Houda Bouzit, militante de l'ADFM. ? Rabat, par exemple, un t?moignage d?pos? chez une association pointe du doigt un professeur d'?conomie, qui commence son examen oral par cette question assassine : ?Vous ?tes venue pour un rendez-vous ou pour passer l'examen, mademoiselle ? Parce que si c'est pour passer votre oral, je vous donne tout de suite rendez-vous l'ann?e prochaine?. Sans commentaire...



Zoom. L'exception Sahara

Difficile de voir un Sahraoui se retourner sur le passage d'une femme ? La?youne, Smara ou Zag. ?La soci?t? sahraouie est assez ouverte pour permettre des relations entre les hommes et les femmes. C'est aussi une soci?t? matriarcale qui r?serve une place privil?gi?e ? la femme dans la communaut??, explique un sociologue. Lors des mariages et des grandes c?r?monies, il est tout ? fait admis (m?me si cela se fait de moins en moins) qu'un jeune gar?on se mette en face de sa dulcin?e pour d?clamer, en public, une prose qui dit tout l'amour ou l'int?r?t qu'il lui porte. ?Il est d?s lors impensable que ce m?me jeune homme suive toutes les femmes qui passent dans la rue, sachant que la moiti? peut appartenir ? sa tribu ou ? d'autres tribus connues dans la r?gion?, affirme notre sociologue sahraoui.
Mais, selon plusieurs observateurs, tout ceci a tendance ? changer. Le Sahara a peut-?tre des sp?cificit?s culturelles propres, mais il n'y a pas que des Sahraouis qui y vivent. ?Comme partout au Maroc, diff?rentes sensibilit?s r?gionales se c?toient dans les grandes villes comme La?youne et Dakhla. Cela peut donner lieu ? quelques comportements ?trangers ? la culture et ? l'?duction locale. Malgr? tout, la soci?t? sahraouie a gard? un cachet b?douin, qui fait que le ph?nom?ne n'atteint pas de grandes proportions?, explique un observateur.



Lexique. Des mots pour le dire

?Les mots et expressions utilis?s sont ? l'image de la culture urbaine des grandes villes : crus et violents. Floril?ge.

Jlaleb ou lqoualeb (les jellabas ne dissimulent pas vos coups bas) : l'expression est apparue quand un nouveau genre de voile, moderne et sexy, a vu le jour.

Koullek zebda ou mnin nebda (tu es tellement tendre que je ne sais par o? commencer) : un classique qui ressort encore aujourd'hui. Il fait souvent r?f?rence ? la douceur d?gag?e par une femme ou ? la blancheur et la clart? de sa peau.

Wach hada kar walla douar al askar (est-ce un derri?re ou le quartier militaire ?): ne cherchez pas de parall?le entre les deux, il n'y en a pas? hormis pour la rime. L'expression, sorte de commentaire ? la vue d'un post?rieur imposant, est originaire de Marrakech? o? se trouve ledit Douar Al Askar.

Allah ya?tina chi nsiba nddiwouha l'haj (que Dieu nous donne une belle-m?re ? emmener en p?lerinage) : le classique pour aborder une fille accompagn?e de sa m?re. Le dragueur se pr?sente ainsi en gendre id?al.
Na?ti mlioune a?la smar alloune (je donnerais un million pour cette beaut? m?tisse) : compliment sonnant et tr?buchant pour les brunes de peau.

Chibh jazirat allouhoum al arabia (la p?ninsule de la chair arabe) : d?formation de l'appellation officielle de la p?ninsule arabique. Se dit d'une femme plut?t ronde.

Dak sder ?ndek dial lbtata ou zitoune (ta poitrine est id?ale pour un tagine de pommes de terre et d'olives) : la femme ? poitrine g?n?reuse devient alors un mets de choix. ? d?vorer sans mod?ration, sous-entend l'expression.

Ntouma tzayrou ou hna ntkhayrou (mettez de plus en plus de jeans serr?s et laissez-nous faire notre choix) : la femme est alors assimil?e ? de la marchandise, expos?e dans la rue, en attente d'un ?ventuel preneur.

Nass hazza lhem ou nti hazza lhemma (les gens portent leurs soucis et toi, tu portes de la splendeur) : se dit d'une fille ? la d?marche alti?re. Le commentaire reste quand m?me flatteur? jusqu'? un certain point.



Courrier. Y a-t-il un probl?me avec les hommes ?

Une lectrice tente de comprendre le pourquoi du comment du harc?lement dont elle est, comme beaucoup de ses paires, souvent victime. ?difiant.


Je me demande s'il y a un profond contentieux entre les deux sexes au Maroc. Et je me demande comment les Marocaines peuvent supporter ce harc?lement continu dans la rue. En fait, quel est le probl?me avec les hommes ?
Des hommes d'un certain ?ge ne peuvent s'emp?cher de me d?visager, de m'interpeller, ? partir des terrasses de caf? o? ils passent leurs apr?s-midi au ralenti. Ces hommes n'ont-ils pas de famille ? N'ont-ils pas des femmes et des enfants ? Surtout, n'ont-ils rien de mieux ? faire ? Je me rappelle que, lorsque j'?tais enceinte de huit mois, avec un ventre bien visible, les hommes continuaient malgr? tout ? me ?suivre?. Qu'est-ce qu'ils croyaient ? Qu'en me suivant, en me h?lant, j'allais me retourner et leur proposer un rendez-vous ?
Je voudrais pr?ciser ici que je ne suis pas blonde, je ne suis pas une beaut? fatale, je n'ai pas le look d'une star de cin?ma? J'ai demand? une fois ? une amie de quoi il en retourne ?avec les hommes?. Elle m'expliqua avec une lassitude non dissimul?e : ?Tu vois, c'est juste parce que tu es une femme. Qu'importent ton look, ton attitude. Tu es une femme, c'est tout. Nous sommes toutes confront?es ? ?a?. Et elle baissa les bras en signe de r?signation.
Mon employ?e de maison, aimable mais gu?re attirante, vient tout juste de se marier. Elle porte un voile, c'est son mari qui le lui a demand?. En contrepartie, elle a exig? qu'il arr?te de fumer. Ils ont conclu un arrangement en quelque sorte. Mais voil? qu'une semaine plus tard, le mari s'est remis ? fumer. J'ai ri avant de demander ? la femme pourquoi elle continuait, elle, ? porter le voile. Elle m'a r?pondu, le plus s?rieusement du monde : ?J'ai d?couvert quelque chose de nouveau en portant le foulard, en me couvrant les bras et le buste. Cela me permettait d'?tre libre. Maintenant, les hommes ne m'ennuient plus. Je peux enfin marcher tranquillement dans la rue?.
Le chauffeur de l'entreprise o? je travaille est ce qu'on peut appeler un jeune homme moderne. Il ?coute de la musique occidentale, s'habille en jeans et basket, il lui arrive m?me de boire occasionnellement une petite bi?re. Une fois, il nous a conduits dans un quartier populaire de Marrakech. Il faisait tr?s chaud. Une femme a alors travers? la rue, habill?e d'un Niqab, couverte de noir de la t?te aux pieds, avec juste une petite ouverture au niveau des yeux. Elle tenait un petit gar?on par la main. J'ai remarqu? que cela devait ?tre dur pour elle, qu'elle devait ?touffer, par cette chaleur, derri?re son Niqab. Le chauffeur m'a alors r?pondu : ?Madame, c'est mieux ainsi pour elle. Si une femme est belle, elle doit se couvrir compl?tement. Sinon, les hommes ne la laisseront pas tranquille?. Je lui ai alors demand? pourquoi fallait-il punir cette femme, et toutes les femmes, ? cause du manque de respect des hommes. Je lui ai demand?, en poussant plus loin le raisonnement, s'il ne serait pas plus simple de d?figurer les filles quand elles sont encore des b?b?s, pour qu'elles ne soient pas belles une fois adultes. Je n'ai pas obtenu de r?ponse.
Il existe des pays o? les femmes peuvent marcher tranquillement dans la rue sans que personne ne les emb?te. Les hommes ne les apostrophent pas, en passant, avec des bruits bizarres. Les voitures ne les prennent pas en chasse. Personne ne les accompagne, malgr? elles, ? leur maison. Au Maroc, tout cela est tr?s banal. Il y a un probl?me avec les hommes. Et les femmes, pour ?viter le pire, doivent marcher d'un pas rapide dans la rue, ?vitant surtout d'?tablir le moindre contact visuel avec quiconque?
Alors je vous demande, qu'est-ce qui peut ?tre fait pour promouvoir un minimum de respect envers les Marocaines ? Ne me dites pas que la solution c'est que toutes les femmes mettent des foulards ! Je suis s?re que c'est quelque chose dont les islamistes voudraient bien nous convaincre : une nation de femmes int?gralement voil?es, mais enfin libres, enfin respect?es. N'y a-t-il que cela comme unique solution ? Vraiment ? Dans un Maroc moderne et d?mocratique, un Maroc qui vient de r?viser la Moudawana, il doit y avoir d'autres solutions...



Fiction. Si j'?tais un mec?

C?est dur d'?tre un homme au Maroc. Dur d'assumer sa virilit? dans une soci?t? o? l'espace public est de plus en plus envahi par les femmes. Ah ces femmes ! Elles me plaisent toutes, me provoquent et m'excitent. Qu'elles soient voil?es, en d?collet?, en minijupe, en jean ou en djellaba, elles font vibrer en moi cette partie de mon corps qui me rappelle ma virilit? : ma langue humide qui se lance dans un verbiage infini, ciblant toutes ces belles formes qui squattent mon champ visuel.
Quand j'avais 15 ans, avec oulad edderb, on draguait toutes les filles qui passaient. Celui qui ne le faisait pas n'?tait pas ?rajel?. Du coup, tout le monde rivalisait d'ing?niosit? pour ?tre plus ?rajel? les uns que les autres ! Je me souviens encore avoir dit des phrases que je ne pensais pas conna?tre. Mon objectif n'est pas d'en avoir une pour moi? Loin de moi cette folie, que je ne pourrais m?me pas assumer. Le jour o? une nana ? qui j'avais dit ?Manchoufoukch azzine? m'avait r?pondu ?Oui, ach bghiti tchouf ??, ?a m'avait compl?tement d?stabilis?.
Mais ne me dites pas que c'est une agression. Je suis s?r que les nanas doivent adorer ?a ! Sinon, pourquoi sortiraient-elles aussi bien habill?es ? Je ne comprends pas, d'ailleurs. De quel droit font-elles ?a dans notre espace ? Ne comprenez pas par l? que je suis un mec complex? ou macho. La femme a le droit de travailler et de participer aux charges de la famille. Elle peut m?me faire de la politique. Oui, c'est bien d'avoir des femmes au Parlement pour ?gayer la journ?e des pauvres parlementaires. D'ailleurs, c'est pour ?a que 10%, ?a suffit largement ! Quelques femmes seulement pour apporter une touche de couleur et de joie dans un milieu aust?re. Comment ? C'est de la discrimination sexuelle ? Iwa on n'est pas sorti de l'auberge !

source:aujourdhui.ma

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