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Femmes : Tout ce que vous devez savoir sur le poids
Posté par achkoune le 07/09/2006 21:49:06 (887 lectures) Articles du même auteur

Le poids humain est sans mesure. Rien n?est moins juste ni objectif qu?une balance : ce qui s?y inscrit n?a de sens que rapport? ? notre histoire. Autant dire que trois kilos nous alourdiront plus ou moins selon qu?ils signent des agapes heureuses ou qu?ils ancrent des ?checs ou des chagrins.


cet ?il de l?int?rieur qui d?crypte, ? sa mani?re, les chiffres du cadran, s?en ajoute un autre, de plus en plus insistant : celui du ? social ? et de ses diktats. Nous ne sommes plus seuls ? nous vouloir minces : la vox populi l?exige et clame l?indignit? de ceux qui sont ? incapables ? de se conformer ? ses id?aux. La fracture pond?rale est d?autant plus douloureuse que le monde entier, d?sormais, nous assourdit des m?mes canons. Depuis la chute du mur, les ex-Sovi?tiques ont perdu, en moyenne, douze kilos et les observateurs ?trangers sont frapp?s par l?alignement morphologique des jeunes Chinoises.



On ne peut plus grossir dans son coin sans d?clencher aussit?t un scandale plan?taire.

Mais qui pr?te l?oreille entend voler les mensonges en m?me temps que les kilos : le premier ? ?norme ? consistant ? consid?rer le poids comme un ph?nom?ne purement m?canique donc m?caniquement ma?trisable. Comme le dit remarquablement le docteur G?rard Apfeldorfer, psychiatre sp?cialiste des troubles du comportement alimentaire et notre guide dans ce labyrinthe mar?cageux de la perte de poids, les patients, ?gar?s par ce qu?ils lisent ou ce qu?ils ont d?j? m?dicalement v?cu, ? vous apportent leur corps ? r?parer ?. Le gras sur la table ; la t?te au vestiaire ; le r?gime au milieu? et un pas en enfer.

Second mensonge, collectif celui-l?, une double injonction contradictoire ? vivre ? la fois dans le plaisir et dans la contrainte.
A jouir et ? contr?ler. ? Au tabou du poids et de l?absence de ma?trise qu?il para?t signifier, s?en ajoute un autre, totalement oppos? : celui de la privation. On doit mincir et baigner dans la satisfaction sensorielle. Voil? comment on vous fait croire qu?on peut ?maigrir de plaisir? ? coups de recettes gastronomiques. ? Ou l?art de s??clater sans exploser? Toute l?histoire de la minceur semble s?articuler sur des d?nis. Qu?il s?agisse de cat?gories alimentaires, d??motions ou d?individus, on gomme et on remplace par des tableaux d?interdits et des mod?les universels. Comment maigrir ? et surtout ne pas regrossir ? quand tout le travail se fait dans la confusion et l?absence ? soi-m?me ? Ce sont peut-?tre quelques-unes de ces contrev?rit?s qu?il faut mettre au jour pour ?claircir le chemin et le rendre intelligible, donc praticable. Car s?il n?existe ni r?gles ni r?gimes infaillibles, il y a tout de m?me des pistes utiles ? suivre.


Oui, les r?gimes sont tous fond?s sur l?interdit et l?exclusion.
On vous dira toujours que vous ne serez priv? de ? rien ?. Un rien qui s?assortit de ? sauf ? et de ? mais ?, que l?on escamote en d?niant aux aliments incrimin?s le droit d?exister. Un tour de passe-passe ?pingl? par le docteur Apfeldorfer : ? Les aliments exclus n?existent pas. Pour Michel Montignac, la pomme de terre est ? proscrire : c?est un tubercule pour cochons. Et pour les adeptes de la di?te protidique, c?est tout aussi simple : ce qui vous fait envie n?est pas comestible? ? Suit une s?rie de disparitions et d?anath?mes qui conduisent l?adepte ? une sorte d?autohypnose : il raye de sa carte mentale les nourritures maudites. ? Le probl?me, c?est que l?on n?est jamais ? l?abri du r?el. ? Lorsque l?homme ou la femme ? l?univers sans frites en reprend une et s?aper?oit, un, que ?a existe, et deux, que c?est bon, il plonge dans un chaos annonciateur de d?sastres pond?raux. ? Le grand pi?ge et le grand ?chec des r?gimes sont bien dans le d?ni et la frustration. ?


Non, les hommes ne naissent ni libres ni ?gaux en poids.
La minceur n?est pas un droit imprescriptible, mais une pr?disposition quasi jans?niste : elle serait donn?e, comme la gr?ce, ? quelques ?lus. Une in?galit? qui agr?ge un nombre impressionnant de facteurs : ? D?abord, l?h?ritage g?n?tique du sujet, ses particularismes physiologiques et morphologiques. Ensuite, son histoire alimentaire, qui va bien au-del? des habitudes acquises et inclut le sens donn? ? la nourriture dans son enfance. Son histoire tout court, avec la construction de sa personnalit?, ses manques et ses fragilit?s. Et d?autres facteurs, plus ponctuels, comme l??ge. ?

Alors, les p?cheurs originels n?auraient plus qu?? baisser les bras et les autres, ? s?empiffrer ? C?est oublier que, pour tous, le salut se gagne tous les jours. Cela pour dire que l?on ne va pas impun?ment contre sa nature et que l?effort porte d?abord sur la compr?hension intime de ce que l?on a v?cu, de ce que l?on est, et de la place que les kilos occupent dans notre histoire.


Oui, on peut maigrir en mangeant n?importe quoi?
? et fondre en se nourrissant de bretzels et de Nutella. ? En ce moment, on entretient la confusion entre deux discours, qui ne se recoupent pas forc?ment : le discours minceur et le discours sant?. Je ne dis pas qu?il faille maigrir en ne tenant aucun compte des besoins de l?organisme. Je dis simplement que ce qui compte, pour perdre du poids, c?est l?apport calorique, calcul? sur la semaine, pas la qualit? nutritionnelle des aliments. ? Le r?sultat, on le conna?t : c?est la pesanteur du nouveau conformisme di?t?tique qui tricote all?grement le sain et le l?ger pour nous soumettre ? la f?rule accablante du ? nutritionnellement correct ?.


Oui, on peut maigrir en mangeant n?importe quand.
Autre entreprise de normalisation : la r?gle des trois repas r?guliers. Elle n?a m?me pas l?excuse de l?histoire ou de la g?ographie : elle est seulement en usage depuis le XIXe si?cle et ne se v?rifie que dans certaines r?gions du monde. ? Prenez les habitants de l?Asie du Sud-Est? On ne peut pas dire qu?ils sont gros et pourtant, leurs rues sont pleines de marchands ambulants qui vendent toute la journ?e des plats ? manger sur place. ? L?-bas, on n??coute, semble-t-il, que les sir?nes de sa faim, et on a raison, puisque celles de la ponctualit? oblig?e n?ont aucun droit scientifique ? chanter. ? Une ?tude men?e par l?h?pital de l?H?tel-Dieu, ? Paris, a prouv? que ni le nombre ni le moment des prises alimentaires n?avaient d?importance d?s lors qu??taient respect?s les besoins caloriques. A cette condition, on peut tr?s bien faire un seul repas par jour, si c?est le rythme qui nous convient. On a ?galement analys? la courbe de poids des musulmans en p?riode de ramadan. On pourrait penser que leur je?ne provoque un amaigrissement. Eh bien, pas du tout ! Il est ?quilibr? par l?apport du repas nocturne, et les croyants maintiennent leur poids de d?part. ?


Non, se bourrer d?aliments hypocaloriques ne trompe ni le corps ni la t?te.
On a d? vous le faire plus d?une fois, le coup du volume, ? grands renforts de kilos de salade. Et pour pas grand-chose? ? Ce n?est pas se remplir l?estomac qui importe ; le rassasiement est affaire de calories et de go?t. La faim se comble avec des aliments qui ont une r?elle fonction de restauration. Seulement, on en arrive ? reprocher ? la nourriture d??tre? nourrissante. ? Et on ne tol?re plus que le naturellement ou artificiellement ? light ?. R?sultat, on est toujours en de?? de sa ration de calories et de saveurs, et confront? ? l?alternative infernale des r?gimes : ou se contraindre ? claquer du bec ad vitam, ou se ruer par p?riodes sur du lourd et du calant, et faire le deuil intermittent de la minceur et d?finitif du plaisir. Il ne faut surtout pas oublier la dimension affective de la nourriture ni ses pouvoirs r?parateurs. Les sucrer ? si j?ose dire ! ? ?quivaut ? se condamner aussi ? ce que le docteur Jean-Philippe Zermati appelle les ? troubles du r?confort ?. ? C?est vrai qu?un g?teau au chocolat console et restaure, explique G?rard Apfeldorfer. Que se passe-t-il si on est un fou de r?gime ? On r?siste. On se dit qu?un yaourt maigre fera l?affaire. Mais il ne la fait pas. Alors, on en prend deux, puis trois. Et enfin, on engloutit dans la culpabilit? ce qu?on aurait d? prendre tout de suite et en toute l?gitimit? : son g?teau au chocolat. ?


Oui, il existe des chemins qui m?nent quelque part.
Alors ? Serions-nous condamn?s ? notre caverne et n?en sortirions-nous que par ?-coups, tremblant de faim, pour y replonger p?riodiquement la t?te basse ? Non, si on fait la lumi?re et si on s?aper?oit qu?elle vient, comme toujours, de l?int?rieur?

? D?abord, se rebeller contre les autres et contre soi-m?me ! Ne plus vouloir d?pendre ni de leur regard ni de leurs prescriptions et comprendre que l?entreprise, pour r?ussir ? terme, doit ?tre d?cid?e pour soi et men?e par soi. Le v?ritable effort, c?est d?accepter sa solitude ? donc son autonomie ? face au probl?me. Et de r?fl?chir ? ses ?motions, ? ses r?actions et au r?le qu?y joue la nourriture.

? Ne pas s?installer dans la frustration, mais dans la v?rit? de ses sensations et la r?alit? de la fonction alimentaire : ? L?important, c?est de r?apprendre ? percevoir le double mouvement de faim et de sati?t?. Tr?s souvent, dans les r?gimes, on anticipe la faim ? que l?on sait in?luctable ? en mangeant pour ?tout ? l?heure? et, en m?me temps, on se sent toujours vide. Rien ne se fait durablement si on ne retrouve pas ce balancier int?rieur de la faim et du rassasiement. Car pour perdre du poids, et le maintenir, il faut, un, manger ce dont on a envie ; deux, quand on a faim ; trois, ne pas manger quand on n?a pas faim ; quatre, ni quand on n?a plus faim. ?

? Bouger, mais pas s??puiser. Le sport ne fait pas maigrir, mais le mouvement aide ? se ? r?habiter ?. Quand on se trouve gros, on se paralyse dans une coquille ?paissie ; son corps devient ? ce corps ? et on le tient ? la distance d?un ?tranger ind?sirable. A sentir son sang circuler et ses muscles s??chauffer, on le r?anime, au contraire, et on se le r?approprie. Je trouve remarquable l?exercice sugg?r? ? ses patients par le docteur Apfeldorfer, parce qu?il remet en mouvement tous les m?canismes court-circuit?s par la souffrance du surpoids : ? Le simple fait de marcher d?un bon pas est utile. En se redressant, sans se raidir, pour l?allure. L?id?al, c?est de le faire en public, sans esquiver ni le regard des autres ni celui que l?on porte sur eux. En longeant des terrasses de caf?, par exemple. Cet ?change aide ? se replacer. ?

? S?occuper de soi. Jamais une cr?me amincissante ne r?duira de dix-huit centim?tres votre tour de cuisse, mais elle vous fera une peau de r?ve et un bien fou. Les soins du corps, le docteur Apfeldorfer les recommande aussi. Parce que le massage quotidien et les soins cosm?tiques apportent un vrai bien-?tre, remettent en contact avec soi-m?me et valorisent. Comme des v?tements bien choisis ou un parfum tr?s personnel. Pour vous r?concilier avec vous-m?me, n?attendez pas de pouvoir passer sous la porte? C?est le pari inverse qu?il faut faire : pour vivre mince, sortez de votre cachette et vivez heureux.


TEMOIGNAGES :

Graciane, 50 ans : ?Jamais je n?ai renonc? ? mon gratin dauphinois?
"J?avais toujours ?t? mince. Et puis, alerte m?dicale, traitement hormonal, angoisse rentr?e et six kilos de plus. Je ne me reconnaissais pas. Je bouillais de col?re contre
le sort, contre le monde, contre moi. J?ai commenc? ? manger comme on sort un bazooka et j?ai pris en tout quatorze kilos. Au bout de trois ans, quand les choses se sont remises ? leur place, je me suis dit : ?J?arr?te.?

Je suis gourmande, coquette et m?decin? J?ai spontan?ment opt? pour le plus simple et ce qui me paraissait le plus s?r : r?duire les quantit?s sans rien changer ? mes habitudes. J?ai perdu quatorze kilos ? que je n?ai jamais repris ? dans une sorte d?all?gresse r?paratrice. Jamais ? j?en suis incapable ? je n?ai renonc? ? mon gratin dauphinois ni ? mon ficelle-crevettes-beurre sal?. Simplement, quand j?en avais assez, j?arr?tais.

Une chose m?a beaucoup aid?e. Je suis dermatologue et j?ai enfin mis en pratique ce que je conseillais ? mes malades depuis des lustres sans avoir le courage de le faire moi-m?me : je me suis exfoli?e, hydrat?e, mass?e avec de plus en plus de plaisir et avec le sentiment d?y gagner quelque chose d?essentiel tous les jours? ?


L?titia, 37 ans : ?Vivre heureuse d?abord, avec ou sans kilos en trop?
? Toute ma vie j?ai fait la chasse aux kilos. Comme ma m?re. Guarana br?le-graisse, g?lules coupe-faim, steack hach?-yaourt matin, midi et soir : j?ai tout essay?.
Tout r?ussi. Le hic : entre chaque r?gime, je reprenais le double du poids perdu.

Il y a deux ans, j?ai fait le forcing. Pes?e et piq?res tous les matins chez un ?acupuncteur? qui, si je n?avais pas perdu mes 400 grammes r?glementaires, s?vissait ? coup de ?correctif? : une pomme par repas et basta.

R?gime-boulot-dodo : j?ai tenu huit mois, barricad?e dans une forteresse int?rieure pour fuir toutes tentations. Mais quelle r?compense : dix-huit kilos envol?s ! Restait ? me stabiliser. C?est alors que le contr?le m?a ?chapp??

Six mois plus tard, je m?effondrais en larmes chez le psy. D?pression ? J?ai d?cid? de suivre une th?rapie centr?e sur les troubles du comportement alimentaire. En notant mes envies de manger, j?ai rep?r? ma r?volte contre une angoisse de perfection qui pesait sur mon corps comme sur ma vie : travailler dur, ?tre une bonne ?l?ve, toujours, tout le temps, et faire trois repas par jour di?t?tiquement corrects ! Surtout, j?ai appris ? manger de tout, mais moins. En savourant tous les jours un carr? de chocolat mais en jetant le reste de la tablette ? la poubelle, j?ai compris que je pouvais laisser sans remords de la nourriture dans mon assiette si je n?avais plus faim.

Maigrir vite et bien ? Je n?y crois plus. Vivre heureuse d?abord, avec ou sans kilos en trop, voil? ma priorit?. ?


UTILE :
Le poids des mots
Il y a des ouvrages qui ?clairent et font avancer. Les livres du docteur G?rard Apfeldorfer sont de ceux-l?. Parce qu?il analyse les ressorts cach?s des comportements alimentaires ; parce qu?il est un praticien rigoureux et un v?ritable ?crivain ; parce qu?il a un sens de l?humour ? d?corner les poncifs. A lire, donc, absolument :

? ?Je mange, donc je suis?, une analyse ? combien profonde et? romanesque de nos rapports ? la nourriture (Payot, 1993).

? ?Maigrir c?est dans la t?te?, un guide lumineux qui permet de reconna?tre son histoire et de la d?m?ler (Odile Jacob, 1997).

? ?Maigrir, c?est fou !?, qui d?monte avec une dr?lerie ravageuse les r?gimes ? du plus bizarre au plus couramment admis (Odile Jacob, 2000).

? Et aussi, du docteur Jean-Philippe Zermati, ?La Fin des r?gimes?, qui aide ? comprendre vraiment et ? agir (Hachette, 1998).

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