Chaque femme a sa repr?sentation de sa m?nopause, que le m?decin aura ? charge et ? c?ur de d?coder, d'o? l'importance de la "consultation de m?nopause".
Le gyn?cologue est l? en premi?re ligne, lui qui conna?t souvent l'histoire et les histoires de la famille.
Avenirs de femmes n?10/2001
Les troubles psychologiques rencontr?s ici sont-ils tous la cons?quence de la carence endocrinienne qui est l'expression de la m?nopause ? Non, bien entendu, ils sont aussi d'ordre socioculturel et ?conomique, li?s ? cette p?riode de la cinquantaine, ce milieu de la vie.
Les plaintes le plus fr?quemment rencontr?es, en dehors de ce signal-sympt?me, cette signature que sont les bouff?es de chaleur, concernent essentiellement l'humeur et les app?tits. L'installation des troubles est en g?n?ral progressive, les uns s'ajoutant petit ? petit aux autres, ou se potentialisent. En fait, le tout est d'une grande variabilit?.
Alors que nous disent-elles, ces femmes qui nous consultent en p?riode p?ri-m?nopausique ou de m?nopause confirm?e ?
" Je me sens triste, je pleure sans trop savoir pourquoi. Je ne supporte plus la moindre remarque, ? la maison comme au bureau, tout me blesse, je ne me suis jamais retrouv?e aussi fragile. "
" Je suis si fatigable, je dors tr?s mal, tout ce que je faisais avant sans probl?me ou m?me sans y penser demande un v?ritable effort, je me sens en panne d'?nergie."
" Impossible de me concentrer, mon attention ne se fixe pas, je prends le double de temps pour la plus habituelle des t?ches, cela va finir par me nuire au travail, d'ailleurs je me demande si on ne va pas me proposer un changement de poste, et s?rement pas en mieux. "
" Mon mari ne me reconna?t plus, il me trouve irritable, et surtout je refuse les rapports ; il voit bien mes strat?gies d'?vitement, je me couche avant ou apr?s lui, je ne veux m?me plus qu'il m'embrasse de peur qu'il ne veuille aller plus loin? Jamais je n'ai ?t? ainsi, je me sens un peu coupable, cela me d?sole pour lui plus encore que pour moi. "
" De toute fa?on, je vois bien que j'ai pris un coup de vieux, je prends du poids et je n'y peux rien, mes rides se creusent, ma sueur a chang? d'odeur, comment voulez-vous que je plaise encore ? Ce qui est s?r, c'est que moi, je ne me plais plus."
D?prime ou d?pression ?
Baisse de l'humeur, fatigabilit? et id?es noires, perte de la libido, culpabilit? et d?t?rioration de l'image du corps, voil? bien r?unies les caract?ristiques de ce que public et m?decins nomment couramment "d?pression". Mais n'est-ce pas ici seulement un retentissement psychologique et non une d?pression, v?ritable maladie psychiatrique ?
Voil? un distinguo qui est d'importance. Donc tordons le cou ? ce vieux mythe :
il semble aujourd'hui commun?ment admis que la m?nopause n'est ni la source ni la p?riode ?lective de manifestations psychiatriques, mais bien de troubles psychologiques li?s aux probl?mes de la cinquantaine f?minine, non seulement au d?s?quilibre hormonal mais aussi ? ses risques, l'entr?e dans le temps de tous les dangers sur tous les registres, m?dicaux et personnels.
Certes la d?pression se retrouve deux fois plus souvent chez la femme que chez l'homme, ceci en tenant compte de la fr?quence de consultation nettement plus ?lev?e, mais la plupart des ?tudes importantes ne donnent que des r?sultats tous ?ges confondus. Mais un profil de personnalit? d?pressive qui ne se r?v?lerait qu'? la m?nopause n'a pas ?t? retrouv?.
Une dimension psycho-sociale
En pratique quotidienne, l'?pisode d?pressif n'est pas toujours fonction de l'intensit? des malaises physiques (bouff?es de chaleur, insomnie, etc.) ressentis.
En revanche, les ?v?nements de vie qui sont une autre dimension de cette p?riode ont souvent un grand impact. On a pu dire que la r?alit? de la m?nopause ?tait double, physique et psychosociale, ou plut?t individuelle et environnementale. Toujours double dans la vision du temps, car le pr?sent, mais surtout l'avenir sont en jeu, avenir sinon inqui?tant du moins incertain, exigeant des facult?s moins d'imagination que d'adaptation. Celles-ci ne sont pas sans ?voquer cette autre p?riode de bouleversements qu'est la pubert?.
Seulement voil?, la m?nopause a le bon, ou le mauvais go?t d'arriver en ce milieu de la vie o? les ann?es commencent ? imprimer leur poids sur le corps et leurs marques sur le visage, o? le monde du travail se fait exigeant ou se ferme, o? la relation au sexe oppos?, aux enfants, aux parents prend d'autres aspects. C'est notamment une p?riode charni?re pour le couple o? l'homme doit lui aussi apprivoiser son vieillissement, c'est le temps pour les deux d'un regard autre sur leurs images et sur leurs vies, o? tout peut se d?faire ou au contraire s'enrichir. C'est aussi le temps o? s'en vont, chacun ? leur fa?on, les enfants et les parents. Grand ?ge des parents, syndrome du nid vide aussi, o? la femme se retrouve seule et comme inutile lorsque ses enfants la quittent. Mais aujourd'hui elle souffre moins du d?part de ses enfants que de leurs amours sous son toit : comment y retrouver sa place de m?re et surtout de femme ?
Dans un autre domaine, peu de travaux font ?tat de l'impact psychosocial et du retentissement psychologique de l'incontinence urinaire. Or, de la simple fuite rare et ?pisodique ? la quasi-invalidit?, tout ici est cause de mal-?tre et de honte, donc parfois support? dans le silence, augmentant le risque d'engendrer un ?tat d'isolement et de d?valorisation.
Le temps de la maturit?
On ne gu?rit pas de la m?nopause qui n'est pas une maladie? On la traverse en n?gociant, d'o? les in?vitables r?percussions sur psych? et soma. Bien plus psychologiques que pathologiques, ces aspects m?ritent d'?tre connus et reconnus par une approche qui permettra aux femmes de 50 ans de r?aliser qu'elles ont de plus en plus d'atouts dans leur jeu.
Elles sont en effet bien plus jeunes que leurs grand-m?res et m?me leurs m?res ? ?ge ?gal ; elles ont marqu? leur temps et pris leur place dans la soci?t?, ces femmes qui ne passent plus directement d'une jeunesse forc?ment s?duisante ? une vieillesse forc?ment attristante, du printemps ? l'hiver, mais transitent par une maturit? aux couleurs de l'automne qui leur sied souvent fort bien.
Le r?le du m?decin et sa place dans ce tournant de la vie des femmes est capital, son ?coute dans cette "soci?t? d'investissement mutuel" qu'est la relation soignant-soign? est sans doute un des garants de la qualit? de cette "prolongation" que nous souhaitons pour nos patientes, patientes et non malades. Bien entendu, des femmes m?nopaus?es heureuses, cela existe, nous en avons tous rencontr?es et il est permis d'?tre plus dou?e pour le bonheur ? 50 ans qu'? 25, contrairement aux id?es re?ues !