Quatre ans apr?s le voyage officiel ? Moscou de Sa Majest? le Roi Mohammed VI, la visite d'Etat de Vladimir Poutine confirme l'importance g?opolitique du Maroc pour la Russie
Le Pr?sident de la F?d?ration de Russie, Vladimir Poutine, accompagn? d'une importante d?l?gation compos?e notamment de membres du gouvernement, de dirigeants de banques et de chefs d'entreprises, entame ce mercredi 6 septembre une visite officielle de deux jours au Maroc. C'est la deuxi?me visite qu'un chef d'Etat de Russie effectue dans notre pays depuis celle que L?onid Brejnev, pr?sident du Soviet supr?me et secr?taire g?n?ral du Parti communiste sovi?tique, avait entreprise en 1961 et qui s'apparentait,

en cette trouble ?poque de guerre froide,? un d?fi id?ologique tant il est vrai que le Maroc apparaissait ? tort comme un Etat align? davantage sur l'Occident, voire sur l'Am?rique que sur l'Union sovi?tique.
La visite d'Etat de M. Vladimir Poutine au Maroc, sur invitation de S.M. le Roi Mohammed VI, constitue en effet un ?v?nement significatif dans les relations que les deux pays n'ont cess? de tisser. Elle marque un pas suppl?mentaire depuis la visite officielle que le Souverain a effectu?e en Russie du 14 au 16 octobre 2002.
Les deux chefs d'Etat, ayant pris en main presqu'au m?me moment le destin de leurs pays, avaient donn? lors de cette visite une nouvelle dimension ? l'amiti? maroco-russe, vieille de plusieurs d?cennies, sinon depuis des si?cles. L'histoire des deux peuples a suivi jusqu'? l'ann?e 1917 une sorte de parcours parall?le, confront?s qu'ils furent au jeu des grandes puissances imp?riales. S'il n'existait pas de relations diplomatiques formelles, un courant de sympathie r?ciproque les liait. Et le grand voyageur marocain, Ibn Batouta, surnomm? le ?Marco Polo? arabe, s'?tait rendu en Asie centrale et notamment d?j? en Russie de 1336 ? 1339, avant de rejoin-dre le Turkestan et la Chine.
Au lendemain de la Lib?ration du Maroc en 1956, l'un des tout premiers soucis de feu S.M. Mohammed V avait ?t? d'?tablir des relations diplomatiques ?quilibr?es entre l'est et l'ouest comme l'on disait autrefois. Un protocole d'accord avait ?t? sign? entre le gouvernement marocain et le gouvernement de l'Union des r?publiques socialistes sovi?tiques (URSS) qui formalisaient des relations de coop?ration et d'amiti?. Aussit?t, une large perspective fut ouverte aux deux pays, Moscou soutenant le Maroc dans ses efforts de d?veloppement, accueillant dans ses universit?s de nombreux jeunes ?tudiants marocains, d?ployant une coop?ration diversifi?e, commerciale, technique, culturelle, m?dicale et sportive.
Dans les ann?es cinquante, l'URSS incarnait comme le pays protecteur de l'Afrique et du Moyen-Orient, le contrepoids de l'influence occidentale, am?ricaine en l'occurrence. Le lancement de la fus?e Spoutnik trouva au Maroc un soutien populaire sans pr?c?dent, et Youri Gagarine incarna ? son tour , dix ans avant l'Am?ricain Armstrong, le " h?ros de l'espace ". Cet engouement relatif pour la Russie sovi?tique ?tait, en fait, le pendant culturel ? un int?r?t politique que beaucoup de jeunes Marocains, f?rus de marxisme, nourrissaient ? l'endroit de la " patrie du socialisme ", une puissance aussi qui, le romantisme r?volutionnaire aidant, apr?s s'?tre oppos?e aux empires coloniaux, luttait farouchement ? leurs yeux contre l'imp?rialisme en Afrique, en Asie, en Am?rique latine?
En d?pit des syst?mes politiques diff?rents, le Maroc et la Russie n'avaient de cesse de d?velopper, a contrario, des relations exceptionnelles d'amiti?. Le premier contrat phosphatier entre les deux pays avait ?t? sign? ? Moscou par Ahmed Osman, alors Premier ministre, en f?vrier 1979 qui faisait de l'URSS ? l'?poque le premier importateur du Royaume.
Cette relation singuli?re ?tait d'autant plus confort?e de part et d'autre que Maroc et URSS s'?taient pratiquement retrouv?s bien souvent sur la m?me longueur d'ondes : sur les grands dossiers internationaux comme la Palestine, le Moyen-Orient, la lib?ration des pays en Afrique, le tiers-mondisme, le non-alignement qui constituait ? tout le moins une pr?f?rence ? Moscou. En tout ?tat de cause, l'effondrement de l'Union sovi?tique entam? sous Mikha?l Gorbatchev, applaudi naturellement par les Occidentaux, ne fit pas que des heureux au Maroc.
Car l'URSS, quand bien m?me ses d?tracteurs pensaient avoir raison, constituait un contrepoids s?rieux ? l'influence des Etats-Unis , et son poids pr?servait l'incontournable " ?quilibre de la terreur " . George W. Bush ne serait pas intervenu si facilement en Irak si l'URSS existait encore ? Le r?formateur au destin raccourci que fut Iouri Andropov, aurait sans doute r?alis? une heureuse synth?se entre le maintien du dogme et la perestro?ka, mais il est d?c?d? t?t. On, peut estimer que dans son sillage, l'actuel pr?sident de la Russie, Vladimir Poutine semble acheminer la Russie sur la voie de la modernisation. Il n'a pas tort , en effet, d'estimer dans son allocution devant le Parlement, le 25 avril 2005, que " l'effondrement de l'Union sovi?tique a constitu? le d?sastre g?opolitique majeur du si?cle ", ajoutant que " pour la nation russe, ce fut un v?ritable drame " !
C'est une Russie immense, certes, mais complexe que le Pr?sident Vladimir Poutine s'efforce de reprendre en mains depuis qu'il a ?t? ?lu , une premi?re fois en mars 2000 et r??lu triomphalement une seconde fois le m?me mois en 2004. Le plus vaste territoire du monde, soit 17 075 200 kms carr?s, une population de pr?s de 143 millions, des ressources indescriptibles et, notamment en Sib?rie, des gisements insoup?onnables et intacts en p?trole, en fer et en or, une puissance militaire qui ne le c?de en rien ? celle des Etats-Unis, la Russie est membre permanent du Conseil de s?curit? o? elle jouit au m?me titre que l'Am?rique d'un droit de veto, membre du G 8 et cofondatrice de la Communaut? des Etats ind?pendants, n?e au lendemain de la chute de Berlin en 1989.
La F?d?ration de Russie, sous sa forme actuelle, est n?e en d?cembre 1991 apr?s l'effondrement du syst?me communiste mis ? mal par une contre-r?volution lib?rale, conduite alors depuis ao?t 1990 par Boris Eltsine. Une Russie immense et complexe donc , parce que le Pr?sident Poutine, ? son arriv?e au Kremlin, a ?t? confront? ? de puissantes oligarchies ?conomiques et politiques , parce qu'ensuite la transition du communisme vers le lib?ralisme a pris plus de temps qu'il n'en fallait, parce qu'aussi la Russie, ? l'instar des autres puissances, n'est pas ? l'abri de certaines revendications et qu'elle est enfin confront?e au " terrorisme mondial ", plut?t au " radicalisme islamiste " dont la Tch?tch?nie n'est que l'avant-poste visible.
Une vision multipolaire, donc ouverte sur le monde, semble pr?dominer aujourd'hui. Elle m?le r?alisme ?conomique et devoir de solidarit?, le front de la critique, m?me s'il n'est pas ouvert, demeurant au fond dans les analyses des dirigeants russes. L'enracinement dans une ?conomie lib?rale ne signifie pas, aux yeux de M. Poutine, le chaos, ni l'anarchie. Il entend d?velopper une vision moderne de l'?conomie, le p?trole servant simplement de levier.
La Russie, et l'?pisode malheureux et sanglant de Beslam l'a montr? en septembre 2004 , est confront?e ?galement au pire des radicalismes islamistes. Vladimir Poutine demeure un chef d'Etat appr?ci?, par son peuple qui le cr?dite de plus de 87% de popularit?, lui font confiance selon un sondage r?cent publi? par le centre Vtsiom. Il en est de m?me ? l'?tranger o? de nombreux pays voient en lui un leader russe ouvert, par opposition ? ses pr?d?cesseurs, un infatigable voyageur qui, de pays riche en pays pauvre , se pose forc?ment comme le " partenaire strat?gique ".
Les soci?t?s russes, d'industrie ou de tourisme, conqui?rent le monde, en Afrique et un peu partout, comme en t?moigne le r?cent voyage de Sergue? Lavrov, ministre russe des Affaires ?trang?res, en Angola o? des projets p?trolier, gazier, diamantaire aussi sont ? l'?tude.
Au Maroc, la visite de M. Vladimir Poutine traduit l'importance et la qualit? des relations qui existent entre lui et S.M. le Roi Mohammed VI, ensuite entre les deux gouvernements et les deux peuples. Approfondissement, ?largissement, concordance, il n'est pas de mots assez forts pour qualifier l'?tat d'esprit qui caract?rise la visite du Pr?sident russe au Maroc.
La concordance sur une s?rie de questions r?gionales et internationales est patente, y compris sur la n?cessit? de promouvoir une solution politique au Sahara, dont le projet sera soumis sous peu au Conseil de s?curit? o? la Russie occupe une place de choix et qui, jusqu'? nouvel ordre, r?fractaire ? la balkanisation des Etats, demeure ? l'?vidence sensible ? un r?glement global dans le cadre de la souverainet? et de l'int?grit? territoriale du Maroc.
Hassan Alaoui | LE MATIN
source:lematin.ma